Ivan Stepanovitch Koniev
(1897-1973)
Jeunesse et entrée en carrière militaire
Né le 28 décembre 1897 dans le village de Lodeïno, Ivan Konev grandit dans une famille paysanne de la région de Vologda. Très tôt privé de formation poussée, il travaille comme bûcheron. Il est ensuite enrôlé dans l’armée impériale en 1916 ; il sert comme artilleur sur le front de l’est de l’Empire russe. Après la Révolution, il rejoint la nouvelle Armée rouge dès 1918 et participe aux combats contre les Blancs. Il débute ainsi une carrière militaire et fera son apprentissage à l’Académie militaire Frunze, dont il sort diplômé en 1926.
Ascension dans l’Armée rouge
Grâce à ses compétences et au soutien de Kliment Vorochilov, haut responsable soviétique, Konev gravit rapidement les échelons. Il exerce des fonctions variées : commandement de divisions, d’unités en Extrême-Orient, gouverneur militaire de Moscou. Lors du déclenchement de l’invasion allemande en juin 1941 il est alors général d’armée.
De la défense de Moscou aux grandes victoires de 1943
À l’été 1941, il reçoit le commandement de la 19e Armée près de Smolensk. Il se distingue ensuite dans les combats pour la défense de Moscou. En effet, il surprend et ralentit les forces de Guderian grâce à un stratagème tactique d’encerclement, surnommé « l’embuscade de Konev ».
L’année suivante, il prend la tête d’autres fronts régionaux avant de commander la partie nord de la contre-offensive soviétique à Koursk. Ses troupes parviennent à rompre les lignes ennemies et lancent ensuite les opérations de libération de Belgorod, Kharkiv, Odessa et Kiev.
Offensives victorieuses et nomination comme maréchal (1944–1945)
En février 1944, ses succès sur le front ukrainien lui valent la promotion au rang prestigieux de maréchal. En juillet, il atteint la Vistule en Pologne et reçoit le titre de héros de l’Union soviétique. Il mène ensuite ses troupes en Slovaquie, en Pologne occidentale et libére la ville de Cracovie.
La rivalité avec Joukov
Pendant la guerre, Koniev et Joukov occupent des postes militaires comparables. Tous deux sont commandants de fronts stratégiques, responsables d’opérations majeures contre la Wehrmacht. Cette proximité de rôle entraîne naturellement des comparaisons, notamment après la défense de Moscou en 1941 et la victoire à Stalingrad en 1942-43, où Joukov reçut beaucoup d’éloges. Staline, soucieux de maintenir ses maréchaux dans une compétition permanente, utilisa cette dynamique pour motiver Koniev et les autres.
Le paroxysme en 1945
La rivalité atteignit son sommet lors de la campagne finale contre l’Allemagne nazie. Staline lance alors simultanément Joukov et Koniev à l’assaut de Berlin, en avril 1945. Il leur donne des objectifs qui se chevauchent, créant ainsi une course effrénée pour être le premier à entrer dans la capitale du Reich. Finalement, ce fut Joukov qui reçut l’honneur de diriger l’assaut direct sur Berlin. De son côté, Koniev fut redirigé vers la conquête de la Saxe et de Dresde.

Pendant la guerre froide et après-guerre
Après la guerre, Konev est chargé des forces d’occupation soviétiques en Allemagne de l’Est. Il devient, en 1946, commandant en chef des forces terrestres soviétiques et vice-ministre de la Défense. En 1950, il est relégué à un poste moins visible (district militaire des Carpates), dans le cadre de la politique stalinienne visant à écarter les hauts commandants populaires. Après la mort de Staline en 1953, il revient au premier plan. Il préside le tribunal de Lavrenti Beria, et devient commandant des forces du Pacte de Varsovie en 1955. Il dirige également la répression de l’insurrection hongroise de 1956. Plus tard, il est rappelé comme commandant des forces soviétiques en Allemagne de l’Est lors de la construction du Mur de Berlin (1961). Il termine sa carrière comme inspecteur général au ministère de la Défense, et demeure respecté jusqu’à sa mort en 1973.
Ivan Koniev en quelques questions
Si Joukov était l’homme des percées brutales et massives, Koniev était passé maître dans l’art de la manœuvre de flanc et de l’encerclement. Staline utilisait leurs styles différents et leur rivalité personnelle pour s’assurer qu’aucun des deux ne devienne trop puissant politiquement.
Staline avait tracé une ligne de démarcation entre les fronts de Joukov et de Koniev, mais l’avait volontairement arrêtée à 60 km de Berlin. Koniev a réussi à bifurquer avec ses blindés vers le nord pour entrer dans la ville en même temps que Joukov, participant activement à l’encerclement final de la capitale du Reich.
Oui. Ce sont les troupes du Premier front de l’Ukraine, commandées par Koniev, qui ont pénétré dans le complexe d’Auschwitz-Birkenau le 27 janvier 1945. Bien que son objectif militaire fût les ressources industrielles de Silésie, cette libération reste l’un des actes les plus marquants de sa carrière.
Koniev était perçu comme plus souple et plus politique que Joukov. Cela lui a permis de conserver les faveurs de Staline plus longtemps. Après la guerre, Staline l’a même utilisé pour remplacer Joukov à la tête des forces terrestres lorsque ce dernier a été envoyé en disgrâce.
Si Koniev est célébré pour avoir chassé les nazis, notamment à Prague, il est aussi associé à l’instauration de la domination soviétique. Son rôle dans la répression de l’insurrection de Budapest en 1956 a terni son image de « libérateur » dans plusieurs pays de l’ancien bloc de l’Est.