Édouard Daladier
(1884-1970)
Origines et ancrage républicain
Édouard Daladier naît le 18 juin 1884 à Carpentras, dans une famille modeste. Brillant élève, il devient agrégé d’histoire en 1909. Par la suite, il embrasse une carrière politique comme maire de sa ville natale dès 1912. Mobilisé en 1914, il termine la Première Guerre mondiale avec le grade de lieutenant, décoré pour son engagement. En 1919, il devient député radical-socialiste du Vaucluse. Il amorce ainsi une longue trajectoire parlementaire qui se prolongera jusqu’en 1958 (interrompue seulement pendant l’Occupation).
L’ascension politique sous la Troisième République
Daladier s’impose rapidement au sein du Parti radical, qu’il préside à plusieurs reprises (1927-1930, 1936-1938). Il occupe des portefeuilles variés : colonies, instruction publique, travaux publics, puis Défense nationale et Guerre. Il est nommé président du Conseil à trois reprises. D’abord en 1933, puis en 1934 — démissionnant après les émeutes du 6 février. Puis de nouveau de 1938 à 1940. Sa seconde accession est marquée par une volonté de reprendre le pouvoir d’action face aux crises internes et à la montée des périls internationaux.
« Ah, les cons… s’ils savaient »
En septembre 1938, confronté à la menace nazie sur la Tchécoslovaquie, Daladier signe les accords de Munich, en coalition avec Chamberlain et Mussolini. Les accords cèdent les Sudètes à Hitler pour éviter la guerre. Pourtant, contrairement à Chamberlain, il ne croit pas en la pérennité de cette paix. En témoigne son célèbre, mais discret, soupir à son retour : « Ah, les cons… s’ils savaient » — une réflexion sur le triomphe populaire à son retour malgré la lourde compromission. Simultanément, il travaille à renforcer la défense militaire de la France, préparant l’effort de guerre.

Guerre et défaite : fin d’un mandat et désengagement
Le 3 septembre 1939 la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne. Daladier reste président du Conseil jusqu’au 21 mars 1940. Cependant, confronté à la débâcle militaire et aux critiques d’inaction, il démissionne. Il tente alors un départ vers l’Afrique du Nord, puis est arrêté après son retour sur ordre du régime de Vichy.
Internements, procès et retour politique
Pendant l’Occupation, Daladier est emprisonné, jugé au procès de Riom en 1942, puis déporté en Allemagne jusqu’en 1945. Libéré à la fin de la guerre, il retrouve son siège de député en 1946. Il devient maire d’Avignon en 1953, et soutient les réformes du jeune parti radical présidé par Mendès-France. Opposant à la Constitution de 1958, il est battu aux élections et quitte définitivement la vie politique. Il s’éteint à Paris en 1970.
Edouard Daladier en quelques questions
Daladier savait que l’armée française n’était pas prête pour une guerre immédiate et que le Royaume-Uni ne s’engagerait pas sans lui. Bien qu’il ait eu le sentiment de trahir l’alliance avec la Tchécoslovaquie, il a signé pour gagner du temps, espérant renforcer les défenses de la France.
Si Chamberlain était un optimiste convaincu d’avoir sauvé la paix, Daladier était un pessimiste résigné. Il est rentré à Paris avec un sentiment de honte, conscient que Hitler ne s’arrêterait pas là et que la guerre était inévitable à court terme.
À partir de 1938, en tant que président du Conseil et ministre de la Guerre, il a lancé de grands programmes de fabrication d’armement et a assoupli la semaine de 40 heures dans les usines de défense. Grâce à lui, en mai 1940, la France disposait de chars d’une qualité souvent supérieure à ceux des Allemands, même si la stratégie pour les utiliser faisait défaut.
Arrêté par le régime de Vichy après la défaite de 1940, il a été jugé au procès de Riom. Sa défense fut si courageuse et efficace que le procès fut suspendu par les Allemands. Il fut ensuite déporté en Allemagne (au château d’Itter) jusqu’à sa libération par les troupes américaines en 1945.
Après la guerre, il a retrouvé son siège de député et est resté une figure influente du Parti Radical sous la IVe République. Il s’est notamment opposé au retour du général de Gaulle en 1958, restant fidèle à son idéal républicain parlementaire jusqu’au bout.