Les avions
Avro Lancaster
Carte d’identité
- Période de service : 1942–1954 (RAF)
- Concepteur : Roy Chadwick / Avro
- Fabricant : Avro, Metropolitan-Vickers, Armstrong Whitworth, Austin Motors, Vickers-Armstrongs, Victory Aircraft (Canada)
Fiche technique
Lancaster B.Mk I, moteurs Merlin XXIV
- Longueur : 21,18 m
- Hauteur : 6,10 m
- Equipage : 7 hommes (pilote, mécanicien de bord, bombardier/mitrailleur avant, navigateur, opérateur radio, mitrailleur dorsal, mitrailleur arrière)
- Armement : 8 mitrailleuses Browning de 7,7 mm (2 en tourelle de nez, 2 en tourelle dorsale, 4 en tourelle de queue)
- Production : 7 377
1. Un avion né de l’échec du Manchester
L’Avro Lancaster est un quadrimoteur extrapolé du Manchester, bénéficiant ainsi de délais de conception raccourcis et de coûts de fabrication réduits. Le Manchester, bombardier bimoteur propulsé par deux moteurs Rolls-Royce Vulture peu fiables, avait été un échec opérationnel.
En désespoir de cause, l’ingénieur en chef d’Avro, Roy Chadwick, décide de le modifier pour en faire un quadrimoteur et ainsi améliorer ses performances. La solution est simple : agrandir l’envergure du Manchester, remplacer les deux Vulture défaillants par quatre Rolls-Royce Merlin V12 éprouvés (le même moteur qui propulse le Spitfire et le Hurricane) et conserver l’essentiel de la cellule existante pour accélérer la mise en production. Ainsi, il transforme un médiocre bombardier en un appareil qui devient le fer de lance du Royal Air Force Bomber Command jusqu’en 1945.
Le premier vol a lieu en janvier 1941. Le premier escadron est opérationnel à la fin décembre 1941. L’entrée en combat intervient au début de l’année 1942. La carrière du Lancaster peut commencer.
2. Un atout décisif : la soute à bombes
Ce qui distingue immédiatement le Lancaster de tous ses contemporains alliés, c’est la taille de sa soute à bombes. Le Lancaster a en outre la capacité d’emporter une charge de bombes deux, voire trois fois supérieure aux avions similaires de son temps, le B-17 ou le B-24. Cette capacité exceptionnelle est un choix délibéré de Roy Chadwick qui a conçu la soute comme un espace continu, non cloisonné, courant sur la quasi-totalité du fuselage central.
Cette architecture permet d’y loger des munitions de gabarits radicalement différents : la bombe classique de 500 livres (227 kg), la « Cookie » de 4 000 livres (environ 1 814 kg), bombe à souffle cylindrique redoutée pour ses effets de décompression sur les bâtiments, mais aussi des engins bien plus extraordinaires. Sa soute à bombes transporta les armes les plus lourdes de la guerre : la bombe « Cookie » de 4 000 livres, le « Tallboy » de 12 000 livres, et le « Grand Slam » de 22 000 livres (la bombe la plus lourde larguée pendant la Seconde Guerre mondiale) ainsi que la bombe rebondissante « Upkeep ».
Cependant, le B-17 et le B-24 sont significativement supérieurs en termes de plafond ou d’armement défensif. Cette comparaison résume bien les deux philosophies qui s’affrontent dans le bombardement stratégique allié : les Américains misent sur la précision diurne à haute altitude avec un armement défensif lourd ; les Britanniques choisissent le bombardement de nuit à plus basse altitude avec une charge offensive maximale : le Lancaster en est la parfaite incarnation.
3. La campagne de bombardement nocturne
Le contexte d’emploi du Lancaster s’explique par les leçons douloureuses de la RAF au début de la guerre. Les bombardements diurnes sans escorte se sont révélés extrêmement coûteux face à la chasse et à la DCA allemandes. L’état-major britannique fait le choix radical du bombardement nocturne de zone : frapper les grandes concentrations industrielles et urbaines de nuit, là où la chasse adverse est moins efficace, au détriment d’une précision moindre (que la technologie de l’époque ne permet de toute façon pas garantir de jour non plus).
C’est dans ce rôle que le Lancaster excelle. Pendant toute l’année 1942, l’introduction du Lancaster fut assez lente, mais il contribua à augmenter le tonnage de bombes larguées en raison de sa capacité de transport.
La doctrine du « bombardement de secteur », défendue avec conviction par le maréchal de l’air Arthur Harris, fait du Lancaster l’outil central d’une stratégie qui vise à briser le moral de la population et la capacité industrielle de l’Allemagne. Cette stratégie reste l’une des plus débattues de toute la guerre : efficace sur le plan industriel à terme, mais cela au prix de pertes civiles considérables, et d’un tribut humain écrasant payé par les équipages eux-mêmes.
4. Les Dambusters : la mission qui entre dans la légende
Dans la nuit du 16 au 17 mai 1943, dix-neuf Lancaster du 617 Squadron décollent de la base RAF de Scampton dans le Lincolnshire pour une mission sans précédent dans l’histoire de l’aviation. L’opération Chastise consiste à attaquer des barrages de la Ruhr et de la Weser.
L’arme utilisée est aussi extraordinaire que la mission elle-même. La bombe rebondissante « Upkeep », conçue par Barnes Wallis, est un cylindre de cinq tonnes mis en rotation arrière à 500 tours par minute avant le largage. Lâchée à 18 mètres au-dessus de l’eau, elle rebondit sur la surface du réservoir, franchit les filets anti-torpilles tendus par les Allemands, frappe la paroi du barrage, coule, et explose à la profondeur calculée pour que la pression de l’eau dirige l’énergie de détonation à travers la maçonnerie.
Les dix-neuf Lancaster sont des appareils spécialement modifiés pour porter l’Upkeep : tourelle dorsale retirée pour réduire la masse, carénage ventral évidé pour loger la bombe cylindrique.
Les barrages de Möhne et d’Eder sont rompus, provoquant des inondations catastrophiques dans les vallées en contrebas ; le barrage de Sorpe n’est que légèrement endommagé. Huit des dix-neuf Lancaster ne rentrent pas, et 53 des 133 membres d’équipage sont tués, trois autres faits prisonniers. On estime qu’entre 1 300 et 1 600 civils périssent dans les inondations, dont environ 1 000 prisonniers et travailleurs forcés, principalement soviétiques.
Bien que les dommages industriels se révèlent moins durables qu’espéré (les Allemands effectuent des réparations rapides et la production revient à la normale en septembre 1943) la mission démontre la valeur des frappes de précision par des équipages spécialement entraînés, détourne des ressources allemandes vers la défense aérienne, et revigore la position de la Grande-Bretagne parmi ses alliés.
5. Tallboy et Grand Slam : la bombe comme outil de génie
Au-delà des Dambusters, le Lancaster est le seul bombardier allié capable de porter les bombes « sismiques » de Barnes Wallis, des engins d’une catégorie à part dans l’histoire de l’armement.
Le Tallboy de 5 443 kg (12 000 livres), mis en service en juin 1944, n’est pas conçu pour exploser au contact de sa cible. Il est conçu pour s’y enfoncer. Larguée de haute altitude, la bombe percute le sol à vitesse supersonique, pénètre profondément avant d’exploser, et crée une onde sismique capable de fracturer des fondations que les bombes conventionnelles ne pouvaient pas atteindre. C’est avec des Tallboy que des Lancaster du 617 Squadron coulent le cuirassé allemand Tirpitz dans le fjord de Tromso en novembre 1944.
Le Grand Slam de 9 979 kg (22 000 livres) pousse le principe encore plus loin. Plus lourd engin jamais largué par un bombardier pendant la Seconde Guerre mondiale, il est employé contre des viaducs ferroviaires, des bases de U-Boot ou des fortifications bétonnées que les armes conventionnelles laissent intacts. Seul le Lancaster, avec sa soute non cloisonnée, peut physiquement emporter cette bombe.
6. Le coût humain
Sur les 7 377 exemplaires construits en Grande-Bretagne et au Canada, environ 3 400 à 3 700 sont perdus en opérations, soit un taux de pertes proche de 2,4% par mission. Ce chiffre apparemment modeste masque une réalité statistique terrible : un équipage qui effectuait une « tournée » standard de trente missions avait des probabilités mathématiquement inférieures à 50% de la terminer sans être abattu ou tué.
Au total, le Bomber Command perd environ 55 573 membres d’équipage pendant la guerre, toutes machines confondues, Lancaster, Halifax, Stirling et autres. Les Lancaster ont effectué un total de 156 000 missions, larguant 608 612 tonnes de bombes. Ces hommes, navigateurs, pilotes, mitrailleurs, opérateurs radio et bombardiers, forment l’une des cohortes les plus décimées de toute la guerre aérienne alliée.
7. Un armement défensif discutable
Si la charge offensive du Lancaster est sans équivalent, son armement défensif soulève des doutes. Les huit mitrailleuses Browning de 7,7 mm (0,303 pouces) sont jugées insuffisantes dès 1942 face aux chasseurs de nuit de la Luftwaffe. Le calibre de 7,7 mm est significativement inférieur aux 12,7 mm des mitrailleuses américaines du B-17, et la tourelle ventrale présente sur certains exemplaires seulement offre une protection très limitée contre les attaques en dessous de l’appareil.
Ce n’est qu’en 1944-1945 que la Rose turret, tourelle de queue équipée de deux mitrailleuses américaines Browning M2 de 12,7 mm, est développée et montée sur certains Lancaster pour améliorer leur défense arrière. À cette date, la plupart des équipages ont déjà payé le prix des lacunes défensives de l’appareil.
La principale tactique de survie des Lancaster n’est donc pas le feu défensif mais la discrétion : vol de nuit, altitude modérée, manœuvre d’évitement brusque dès qu’un chasseur ennemi est détecté par les mitrailleurs.
8. Évaluation
L’Avro Lancaster fut incontestablement le meilleur bombardier lourd britannique de la Seconde Guerre mondiale. Sur le critère qui compte le plus dans son rôle, à savoir la charge de bombes transportée à portée opérationnelle, aucun concurrent allié ne l’égale. Sa soute non cloisonnée lui confère une polyvalence unique, capable d’emporter aussi bien des bombes incendiaires que le Grand Slam de près de 10 tonnes.
Ses limites sont toutefois bien réelles : un plafond pratique inférieur au B-17, un armement défensif insuffisant face aux chasseurs de nuit qui évoluent tout au long de la guerre, et une vulnérabilité aux pertes qui pèse lourd sur les équipages. Mais dans le cadre de la doctrine du bombardement nocturne de zone adoptée par la RAF, le Lancaster est précisément l’outil qu’il fallait : massif, endurant, et capable de porter plus de bombes par sortie que n’importe quel autre appareil de son époque.
Son héritage est double : les statistiques écrasantes de la campagne de bombardement stratégique, avec leurs victoires industrielles et leur coût humain considérable des deux côtés, et la légende des Dambusters, qui a cristallisé dans l’imaginaire collectif britannique l’image d’un bombardier capable non plus seulement de frapper en masse, mais de frapper avec une précision chirurgicale là où l’ennemi se croyait inattaquable.
9. Évolution & variantes
| Version | Moteurs | Production | Caractéristique principale |
|---|---|---|---|
| Lancaster Mk I / B.I | Merlin XX, XXII ou XXIV | ~3 400 | Version initiale, la plus produite, référence de la fiche |
| Lancaster Mk II | Bristol Hercules VI (en étoile) | 301 | Moteur de substitution en cas de pénurie de Merlin |
| Lancaster Mk III / B.III | Merlin 28 ou 38 (licence Packard) | ~3 000 | Quasi identique au Mk I, moteurs produits aux États-Unis |
| Lancaster Mk X | Merlin 25 (Packard) | 430 | Version canadienne, systèmes américains |
| Lancaster Type 464 Provisioning | Merlin XXIV | 23 modifiés | Version Dambusters, sans tourelle dorsale, carénage ventral pour « Upkeep » |
Galerie photos
Carte d’identité
- Période de service : 1942–1954 (RAF)
- Concepteur : Roy Chadwick / Avro
- Fabricant : Avro, Metropolitan-Vickers, Armstrong Whitworth, Austin Motors, Vickers-Armstrongs, Victory Aircraft (Canada)
Fiche technique
Lancaster B.Mk I, moteurs Merlin XXIV
- Longueur : 21,18 m
- Hauteur : 6,10 m
- Equipage : 7 hommes (pilote, mécanicien de bord, bombardier/mitrailleur avant, navigateur, opérateur radio, mitrailleur dorsal, mitrailleur arrière)
- Armement : 8 mitrailleuses Browning de 7,7 mm (2 en tourelle de nez, 2 en tourelle dorsale, 4 en tourelle de queue)
- Production : 7 377