Les blindés
T-34/85
Carte d’identité
- Période de service : 1944-1945 / Jusqu’aux années 90 dans d’autres armées
- Type : Blindé moyen
- Concepteur : Alexander Morozov / bureau d’études de Nijni-Taguil
- Fabricant : Usines de Nijni-Taguil, Omsk, Gorki (Krasnoïe Sormovo)
Fiche technique
Pour la version T-34/85 mod 1944
- Masse : 32 t / pression au sol : 0,80 kg/cm²
- Longueur : 8,15 m
- Hauteur : 2,60 m
- Largeur : 3,00 m
- Equipage : 5 hommes (chef de char, tireur, chargeur, pilote, radio-mitrailleur)
- Blindage : Caisse : 45 mm à 60° / Tourelle : 90 mm en frontal et 75 mm en latéral
- Armement : Canon ZiS-S-53 de 85 mm (60 obus) / 2 mitrailleuses DT de 7,62 mm
- Motorisation : Diesel V-2-34, 12 cylindres, 500 ch à 1 800 tr/min
- Vitesse max (route) : 54 km/h
- Autonomie : 300 km
- Production : Environ 48 000 pour l’ensemble des versions
1. La leçon de Koursk
L’été 1943 a tranché la question. À Koursk, face aux Tigre I et Panther, le canon F-34 de 76,2 mm du T-34 atteint ses limites. Les équipages soviétiques doivent s’approcher dangereusement pour espérer pénétrer le blindage frontal des nouveaux chars allemands, un luxe que les conditions du combat refusent souvent. La supériorité technique provisoire de la Wehrmacht est réelle, même si la victoire soviétique l’est tout autant.
La conclusion s’impose immédiatement : le T-34 a besoin d’un nouveau canon. Mais un canon plus puissant implique une tourelle plus grande. Et une tourelle plus grande permet enfin de corriger l’un des défauts les plus criants du char depuis sa création : l’équipage à quatre hommes, où le chef de char doit assumer en plus la fonction de tireur, au détriment de l’observation du champ de bataille.
Le T-34/85 naît de cette triple nécessité.
2. Une nouvelle tourelle, un nouveau char
Le développement est mené dans l’urgence à la fin de 1943. La solution retenue consiste à adapter sur la caisse du T-34 existant une tourelle entièrement redessinée, plus large et plus haute, capable d’accueillir trois hommes et un canon de 85 mm dérivé du canon antiaérien 52-K.
Deux canons sont testés : le D-5T, qui entre en production dès la fin 1943, et le S-53 de Vassily Grabin, jugé plus efficace et surtout plus simple à produire. C’est ce dernier qui s’impose à partir de mars 1944 pour équiper les T-34/85 de série sortant des usines de Nijni-Taguil et d’Omsk : c’est le mod. 1944, version définitive et la plus produite.
Le résultat est remarquable à plus d’un titre. Le blindage de tourelle passe de 70 à 90 mm en frontal, 75 mm sur les côtés. Le canon de 85 mm pénètre 110 mm à 1 000 mètres, suffisant pour engager frontalement un Tigre I à portée raisonnable, ce que le 76,2 mm était incapable de faire. Et pour la première fois, le chef de char est libéré de toute fonction de tir : il peut se consacrer exclusivement à l’observation et à la conduite tactique du combat.
La coupole du chef, avec ses épiscopes, transforme l’ergonomie de bord. L’équipage du T-34/85 voit mieux, communique mieux, se répartit mieux les tâches. C’est un char différent en bien des points, même si la caisse, le moteur et les chenilles sont hérités du mod. 1943.
3. Les deux versions
Mod. 1943 (canon D-5T). Les premières centaines d’exemplaires sortent de l’usine Krasnoïe Sormovo de Gorki à la fin 1943 et au début 1944. Ce modèle initial, identifiable à son canon légèrement différent et à quelques détails de tourelle, est produit en nombre limité le temps que le S-53 prenne le relais. Il est engagé dès l’opération Bagration.
Mod. 1944 (canon S-53/ZiS-S-53). La version définitive et de très loin la plus produite. Elle équipe l’essentiel des unités blindées soviétiques à partir de l’été 1944 et représente le T-34/85 dans sa forme aboutie. C’est ce modèle qui entre dans Berlin en mai 1945, qui combat en Mandchourie en août 1945, et qui sera copié sous licence en Tchécoslovaquie et en Pologne après-guerre.
4. Bagration, Vistule-Oder, Berlin
Le T-34/85 arrive massivement en ligne à la veille de l’opération Bagration, en juin 1944. La coïncidence avec le débarquement allié en Normandie n’est pas fortuite : les deux offensives sont coordonnées pour empêcher tout transfert de divisions allemandes d’un front à l’autre. En Biélorussie, les armées soviétiques équipées de T-34/85 participent à la destruction du Groupe d’armées Centre, anéantissant 28 des 34 divisions qui le composent.
Ce n’est plus seulement de la supériorité numérique. L’Armée rouge de 1944 a assimilé la doctrine de la guerre en profondeur. Les T-34/85 ne percent plus le front pour s’arrêter devant une contre-attaque locale : ils s’enfoncent dans les arrières ennemis sur des dizaines de kilomètres, coupant les lignes de ravitaillement et encerclant les garnisons avant qu’elles n’aient le temps de réagir.
L’offensive Vistule-Oder, en janvier 1945, couvre 500 kilomètres en moins de trois semaines, un record de vitesse pour une opération de cette ampleur. Les T-34/85 arrivent à Berlin en avril 1945. Deux d’entre eux, premiers chars soviétiques à pénétrer dans la capitale du Reich, trônent aujourd’hui sur leur socle au Mémorial soviétique du Tiergarten.
En août 1945, le même char retourne au combat à l’autre bout du continent : 670 T-34/85 constituent la force blindée de l’offensive soviétique contre l’armée impériale japonaise en Mandchourie.
5. Une longévité sans équivalent
La guerre terminée, le T-34/85 ne prend pas sa retraite. Il devient le char standard du Pacte de Varsovie, produit sous licence en Tchécoslovaquie à partir de 1952 et en Pologne à partir de 1953. En Corée, les T-34/85 nord-coréens surprennent les Américains en 1950 : leurs Sherman M4 et Chaffee M24 sont initialement dépassés, avant que les M26 Pershing et M46 Patton ne rétablissent l’équilibre.
On le retrouve à Cuba lors de l’invasion de la Baie des Cochons en 1961, au Moyen-Orient lors des premières guerres israélo-arabes, au Vietnam, en Angola, dans les Balkans des années 1990. Certains exemplaires sont encore en service opérationnel à Cuba et en Corée du Nord aujourd’hui. Aucun char de la Seconde Guerre mondiale n’aura eu une telle postérité.
6. Évaluation
Le T-34/85 n’est pas techniquement supérieur au Panther allemand : son blindage frontal de caisse reste inférieur, et le Panther conserve un avantage balistique à longue distance. Mais la comparaison technique masque l’essentiel : le Panther coûte nettement plus cher à produire, tombe en panne deux fois plus souvent, et n’a jamais été fabriqué en quantité suffisante.
Le T-34/85 représente l’aboutissement d’une philosophie industrielle radicalement différente : un char bon dans tous les domaines, produit massivement, maintenu par des équipages formés rapidement, et capable d’opérer dans des conditions climatiques et logistiques que ses adversaires ne pouvaient pas endurer. Pour la guerre que l’URSS devait mener, c’était le char qu’il fallait.
7. Évolution & variantes
| Version | Armement principal | Production | Caractéristique principale |
|---|---|---|---|
| T‑34‑85 modèle 1943 | Canon D‑5T de 85 mm | ~300 | Première version de série ; nouvelle tourelle plus vaste à trois hommes, mais canon D‑5T complexe à produire |
| T‑34‑85 modèle 1944 | Canon ZiS‑S‑53 de 85 mm | ~10 000 pendant la guerre | Version principale ; canon simplifié, tourelle à trois hommes et meilleure coordination entre le chef de char et le tireur |
| T‑34‑85 modèle 1945 | Canon ZiS‑S‑53 de 85 mm | ~12 500 pendant la guerre | Version tardive avec améliorations de production, moteur électrique de rotation de tourelle et dispositifs fumigènes |
| T‑34‑85 de commandement | Canon ZiS‑S‑53 de 85 mm | Production totale inconnue | Équipement radio renforcé et réduction de la dotation en munitions pour libérer de l’espace |
| OT‑34‑85 | Canon ZiS‑S‑53 de 85 mm | Production totale inconnue | Version lance-flammes dérivée du T‑34‑85, utilisée pour l’appui rapproché |
| T‑34‑85 d’après-guerre | Canon ZiS‑S‑53 de 85 mm | Production poursuivie après 1945 | Modernisations et productions étrangères ; à distinguer des seuls exemplaires construits pendant la guerre |
Carte d’identité
- Période de service : 1944-1945 / Jusqu’aux années 90 dans d’autres armées
- Type : Blindé moyen
- Concepteur : Alexander Morozov / bureau d’études de Nijni-Taguil
- Fabricant : Usines de Nijni-Taguil, Omsk, Gorki (Krasnoïe Sormovo)
- Production : Environ 48 000 pour l’ensemble des versions
Fiche technique
Pour la version T-34/85 mod 1944
- Masse : 32 t / pression au sol : 0,80 kg/cm²
- Longueur : 8,15 m
- Hauteur : 2,60 m
- Largeur : 3,00 m
- Equipage : 5 hommes (chef de char, tireur, chargeur, pilote, radio-mitrailleur)
- Blindage : Caisse : 45 mm à 60° / Tourelle : 90 mm en frontal et 75 mm en latéral
- Armement : Canon ZiS-S-53 de 85 mm (60 obus) / 2 mitrailleuses DT de 7,62 mm
- Motorisation : Diesel V-2-34, 12 cylindres, 500 ch à 1 800 tr/min
- Vitesse max (route) : 54 km/h
- Autonomie : 300 km