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Heinrich Hoffmann

(1885–1957)

Portrait de Heinrich Hoffmann, photographe officiel d'Adolf Hitler
Portrait de Heinrich Hoffmann, photographe officiel d'Adolf Hitler

Heinrich Hoffmann n’était pas seulement le photographe officiel d’Adolf Hitler ; il fut en effet l’un de ses rares amis intimes et l’architecte de son image publique. À travers ses millions de clichés, il a transformé un orateur de brasserie en une figure quasi mythique. Tout en bâtissant en parallèle un empire commercial colossal sur le monopole de l’image du Führer.

Des débuts sous le signe de la photographie

Heinrich Hoffmann naît le 12 septembre 1885 à Fürth, en Bavière. Fils d’un photographe de cour, il apprend le métier dans l’atelier familial avant de parfaire sa formation à Londres et Munich. Rapidement, il s’oriente vers le photojournalisme, un métier alors en pleine expansion. Ainsi, il fonde en 1913 son propre service d’image, Photobericht Hoffmann, et se spécialise dans les photos de presse et les portraits.

En 1914, il immortalise un moment historique : la foule enthousiaste rassemblée sur l’Odeonsplatz de Munich pour célébrer la déclaration de guerre. C’est sur ce cliché célèbre qu’on identifiera plus tard, de manière opportune, le visage d’un jeune Adolf Hitler. Il convient toutefois de signaler que l’authenticité de la présence d’Hitler sur ce cliché est fortement contestée par plusieurs historiens et experts.[1]

La rencontre avec Hitler et l’ascension du NSDAP

Après la Première Guerre mondiale, Hoffmann rejoint les milieux nationalistes de Munich. Il adhère au DAP (ancêtre du NSDAP) dès 1920. Il commence à photographier les dignitaires du parti, comme Göring. Toutefois, sa rencontre avec Hitler se révélera déterminante. À une époque où Hitler refuse d’être photographié pour cultiver un certain mystère et éviter d’être identifié par la police, Hoffmann réussit à devenir son photographe exclusif.

Dès lors, il devient un compagnon de route fidèle. Il est par exemple présent lors du putsch de la Brasserie en 1923. Mais Hoffmann va jouer un rôle déterminant dans l’ascension d’Hitler. En effet, durant les « années de lutte », il va façonner l’esthétique nazie. Il va ainsi conseiller Hitler sur ses poses, ses gestes et ses expressions, allant jusqu’à réaliser des séries de photos en studio où le futur dictateur répète ses discours devant l’objectif pour corriger sa gestuelle.

Adolf Hitler, l'air ironique, lors d'une séance photos.
Adolf Hitler répétant sa gestuelle devant l’objectif de Heinrich Hoffmann, 1925. Ces clichés de travail, que Hitler souhaitait voir détruits, témoignent de la mise en scène rigoureuse de son image publique.

Le monopole de l’image et l’empire « Hoffmann-Verlag »

Une fois les nazis au pouvoir en 1933, Hoffmann reçoit le titre de « Photographe officiel du Reich ». Il obtient un privilège unique : le monopole sur les portraits officiels d’Hitler. Chaque publication, chaque timbre-poste, chaque carte postale utilisant l’image du Führer rapporte des redevances à Hoffmann.

Ouverture de l'Exposition internationale de l'automobile à Berlin, 1939 – Archives photographiques de la BSB
Ouverture de l’Exposition internationale de l’automobile à Berlin, 1939 – BSB. En plus d’Hitler, on notera sur cette photo la présence de Göring au centre) et Goebbels (à droite).

Sa maison d’édition, la Heinrich Hoffmann Verlag, devient une machine de propagande et rapporte énormément d’argent. Il publie des dizaines d’ouvrages à succès tels que Hitler comme personne ne le connaît (1932) ou La Jeunesse autour d’Hitler. En 1933, son entreprise Presse Illustrationen Hoffmann réalise 700 000 RM de chiffre d’affaires. 10 ans plus tard, ce sera 15,4 millions… Hoffmann devient multimillionnaire, profitant de sa proximité avec le pouvoir pour s’enrichir considérablement.

L’homme de l’ombre et l’entremetteur

Au-delà de l’image, Hoffmann joue aussi un rôle clé dans la vie privée d’Hitler. C’est en effet dans son atelier de Munich qu’une jeune assistante de 17 ans, Eva Braun, travaille alors comme apprentie. Hoffmann favorise leur rencontre en 1929, introduisant Hitler sous le pseudonyme de « Herr Wolf ».

Membre du cercle intime (c’est un habitué du Berghof), il est l’un des rares à pouvoir photographier Hitler dans des moments de détente. Toutefois, le dictateur exerce un contrôle strict : les photos en culottes courtes sont par exemple souvent interdites de publication par Hitler lui-même, soucieux de ne pas paraître ridicule.

Heinrich Hoffmann (1885 – 1957) et Adolf Hitler (1889 – 1945) en visite à l'Obersalzberg (Berchtesgaden)
Heinrich Hoffmann (1885 – 1957) et Adolf Hitler (1889 – 1945) à l’Obersalzberg (Berchtesgaden)

Conseiller artistique et spoliation

En 1937, Hitler nomme Hoffmann membre de la commission chargée de sélectionner les œuvres pour la « Grande exposition d’art allemand ». Hoffmann devient le conseiller artistique personnel du Führer, l’aidant à constituer sa collection privée pour le futur Führermuseum de Linz.

Ce rôle lui permet de s’impliquer dans le marché de l’art européen, bénéficiant parfois des spoliations de biens juifs ou d’acquisitions douteuses dans les pays occupés. Il accumule lui-même une collection personnelle de grande valeur, composée de maîtres anciens et de peintres allemands du XIXe siècle.

La chute et le jugement

À la fin de la guerre, en avril 1945, Hoffmann est arrêté par les forces américaines en Bavière. Il est notamment interrogé par Théodore Rousseau, des Monuments Men, sur son rôle dans le pillage des œuvres d’art.

Lors de son procès en dénazification, il est classé comme « grand coupable » (Hauptschuldiger). Il est condamné à dix ans de prison et à la confiscation de la quasi-totalité de ses biens. Sa peine est réduite en appel, et il est libéré en 1950. Il passe les dernières années de sa vie à tenter de récupérer sa collection d’art saisie. Heinrich Hoffmann meurt à Munich le 15 décembre 1957, à l’âge de 72 ans.

Heinrich Hoffmann en quelques questions

Comment a-t-il rencontré Adolf Hitler ?

Il a rejoint le parti nazi dès ses débuts à Munich en 1920. Grâce à son talent de photographe de presse et son idéologie nationaliste, il a su gagner la confiance de Hitler à une époque où ce dernier fuyait les objectifs.

Quel rôle a-t-il joué dans la rencontre entre Hitler et Eva Braun ?

Eva Braun était l’apprentie photographe d’Hoffmann dans son atelier munichois. C’est en effet lui qui a organisé leur première rencontre en 1929, facilitant ainsi l’entrée de la jeune femme dans le cercle privé du futur dictateur.

Comment s’est-il enrichi sous le IIIe Reich ?

Grâce à un monopole exclusif sur les droits à l’image de Hitler. En effet, chaque reproduction du portrait du Führer, que ce soit sur des livres, des journaux ou des timbres, générait des royalties massives pour sa maison d’édition.

A-t-il participé aux crimes de guerre ?

Bien qu’il n’ait pas dirigé d’unités militaires ou de camps, il a été condamné pour avoir été un membre actif de la machine de propagande nazie et pour s’être enrichi illégalement grâce à sa proximité avec le régime, notamment via le marché de l’art spolié.

Qu’est devenue sa collection de photos après la guerre ?

Ses archives, riches de plus de deux millions de clichés, constituent aujourd’hui une source historique inestimable. Une grande partie de ses négatifs a été saisie par les États-Unis et est aujourd’hui conservée aux Archives nationales américaines.

Sources :
1. https://www.warhistoryonline.com/war-articles/famous-adolf-hitler-photo-odeonsplatz-fake.html
https://histoire-image.org/artistes/hoffmann-heinrich
https://www.bsb-muenchen.de/en/collections/images/photographic-archives/photo-archive-of-heinrich-hoffmann/
https://en.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Hoffmann_(photographer)

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