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LES DOSSIERS

Le procès de Nuremberg

Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule sans conditions. Le IIIe Reich s’effondre après douze années de dictature et six années de guerre totale. Les crimes commis par le régime nazi apparaissent dans toute leur ampleur : guerre d’agression, extermination industrielle des Juifs d’Europe, massacres de civils, déportations, travail forcé, pillages systématiques. Très vite, une question s’impose aux vainqueurs : comment juger les responsables de ces crimes sans précédent ?

Jusqu’alors, l’histoire des conflits avait rarement laissé place à une justice institutionnelle. Les dirigeants vaincus étaient exécutés, exilés ou simplement oubliés. En 1945, les Alliés décident de rompre avec cette logique. Ils choisissent de traduire en justice les principaux responsables du régime nazi devant un tribunal international. Un choix qui n’a rien d’évident.

Le procès de Nuremberg, qui s’ouvre le 20 novembre 1945, ne vise pas seulement à punir. Il ambitionne de documenter les crimes, d’en établir la preuve irréfutable et de poser les bases d’un droit pénal international. Pour la première fois, des dirigeants d’un État sont jugés non seulement pour des crimes de guerre, mais aussi pour des crimes contre l’humanité commis contre leurs propres citoyens.

Pourquoi juger les nazis ?

Le choc de la découverte des crimes

Au printemps 1945, la libération des camps de concentration par les armées alliées provoque un choc mondial. Les images de Buchenwald, Dachau, Bergen-Belsen ou Auschwitz révèlent l’ampleur de la violence systématique du régime nazi. Des millions de victimes sont identifiées. Les estimations convergent rapidement vers un chiffre d’environ six millions de Juifs assassinés, auxquels s’ajoutent plusieurs millions de civils soviétiques, de prisonniers de guerre, de résistants et de déportés politiques.

Ces crimes ne sont pas le fait d’initiatives locales isolées. Ils résultent de décisions prises au sommet de l’État, planifiées, administrées et exécutées avec la participation de ministères, de l’armée, de la police et de l’appareil économique. Pour les Alliés, il devient évident que juger uniquement les exécutants serait insuffisant. La responsabilité politique et idéologique doit être engagée.

Les débats entre Alliés

Dès 1943, les Alliés discutent du sort à réserver aux dirigeants nazis. Les positions divergent fortement. Le Premier ministre britannique Winston Churchill se montre d’abord favorable à des exécutions sommaires des principaux responsables. À l’inverse, les États-Unis défendent progressivement l’idée d’un procès public, estimant qu’une procédure judiciaire permettrait d’établir une vérité incontestable.

L’Union soviétique, qui a subi des pertes humaines colossales soutient le principe du procès, tout en souhaitant un jugement rapide et sévère. La France, libérée plus tardivement, rejoint le projet d’un tribunal international, y voyant un moyen d’affirmer son retour parmi les grandes puissances.

Ces discussions aboutissent à un compromis : un tribunal militaire international, composé de juges issus des quatre puissances victorieuses, chargé de juger les principaux dirigeants nazis. Ce choix marque une rupture fondamentale dans l’histoire du droit. Pour la première fois, un tribunal international est chargé de juger des individus pour des crimes commis au nom d’un État souverain. Cette décision ouvre un champ juridique entièrement nouveau.

Les interprètes du procès de Nuremberg

Les interprètes du procès de Nuremberg

La création du Tribunal militaire international

Les accords de Londres (8 août 1945)

Le fondement juridique du procès est établi par l’Accord de Londres, signé le 8 août 1945 par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union soviétique et la France. Ce texte crée le Tribunal militaire international et fixe ses règles de fonctionnement, sa composition et sa compétence.

Le tribunal est composé de quatre juges titulaires et quatre juges suppléants, chacun représentant une puissance alliée. Chaque pays fournit également un procureur principal. Le procès se déroule selon une procédure hybride, mêlant traditions juridiques anglo-saxonnes et continentales.

Les chefs d’accusation

L’Accord de Londres définit quatre chefs d’accusation majeurs, dont trois seront effectivement retenus lors du procès principal.

  • Le premier est celui de crime contre la paix. Il vise la planification, la préparation et le déclenchement d’une guerre d’agression, en violation des traités internationaux. Cette notion est centrale, car elle permet de juger les dirigeants pour avoir voulu la guerre elle-même.
  • Le deuxième chef concerne les crimes de guerre. Il s’agit des violations des lois et coutumes de la guerre : mauvais traitements des prisonniers, exécutions de civils, destructions sans nécessité militaire. Ces crimes sont déjà partiellement définis par les conventions de La Haye et de Genève.
  • Le troisième chef, le plus novateur, est celui de crime contre l’humanité. Il englobe les meurtres, exterminations, déportations et persécutions commis contre des populations civiles pour des motifs politiques, raciaux ou religieux. Cette catégorie permet d’inclure explicitement le génocide des Juifs d’Europe.
  • Un quatrième chef, celui de complot, est initialement retenu pour établir la responsabilité collective des dirigeants dans la mise en œuvre du système nazi. Son usage sera toutefois plus limité dans les verdicts finaux.

Un défi juridique sans précédent

La création de ces catégories soulève immédiatement une objection majeure : celle de la rétroactivité du droit. Les accusés soutiennent qu’ils ne peuvent être jugés pour des crimes qui n’étaient pas définis comme tels au moment où ils ont été commis. Le tribunal répond que certains actes, par leur nature même, étaient déjà criminels selon les principes généraux du droit et de la conscience humaine.

Ce raisonnement, controversé à l’époque, fonde néanmoins une nouvelle conception de la responsabilité pénale internationale. Il affirme que l’obéissance aux ordres de l’État ne saurait exonérer un individu de sa responsabilité lorsqu’il participe à des crimes majeurs.

Nuremberg, lieu symbolique du jugement

Une ville symbole du nazisme

Le choix de Nuremberg ne relève pas du hasard. Avant 1939, la ville est l’un des centres symboliques du régime nazi. Elle accueille chaque année, de 1933 à 1938, les grands congrès du parti. C’est à Nuremberg que sont proclamées, en septembre 1935, les lois raciales excluant les Juifs de la citoyenneté allemande. Juger les dirigeants nazis dans cette ville revient à renverser le décor du pouvoir et à transformer un lieu de propagande en lieu de justice.

D’un point de vue pratique, Nuremberg présente aussi un avantage décisif. Le Palais de Justice (Justizpalast), bien que partiellement endommagé par les bombardements, dispose d’une grande salle d’audience intacte – la salle 600 – ainsi que d’une prison attenante, facilitant la détention des accusés et la sécurité du procès.

Une organisation matérielle sans précédent

Le procès de Nuremberg constitue un défi logistique majeur. Plus de 400 journalistes sont accrédités. Les audiences sont suivies dans le monde entier. Pour la première fois à une telle échelle, un système de traduction simultanée est mis en place. Quatre langues sont utilisées en permanence : anglais, français, russe et allemand. Des centaines de traducteurs, dactylographes et techniciens sont mobilisés.

Les preuves documentaires occupent une place centrale. Les Alliés saisissent d’immenses quantités d’archives nazies intactes : rapports administratifs, ordres écrits, correspondances officielles, procès-verbaux de réunions. Cette masse documentaire permet à l’accusation de fonder ses arguments presque exclusivement sur les propres documents du régime nazi, limitant toute contestation possible.

Les accusés

Les grands absents

Le procès ne peut juger les principaux architectes du régime. Adolf Hitler et Joseph Goebbels se sont suicidés le 30 avril et le 1er mai 1945. Heinrich Himmler, chef de la SS, s’est lui donné la mort après sa capture le 23 mai. Ces disparitions privent le tribunal des responsables directs de la Solution finale. Les procureurs doivent donc se concentrer sur les adjoints et les ministres restants.

Une diversité de profils criminels

Vingt-quatre hauts responsables du IIIe Reich sont initialement inculpés. Ils représentent l’ensemble des structures du pouvoir nazi : dirigeants politiques, chefs militaires, idéologues, diplomates et responsables économiques. Le procès ne vise pas des exécutants, mais ceux qui ont pensé, organisé et dirigé le système.

Parmi eux figurent notamment Hermann Göring, ancien numéro deux du régime, Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères, Wilhelm Keitel, chef du Haut Commandement de la Wehrmacht, Alfred Rosenberg, idéologue du nazisme, et Julius Streicher, directeur du journal antisémite Der Stürmer. Sur les 24 inculpés par le Tribunal militaire international, 3 ne seront toutefois pas jugées : Robert Ley, qui se suicide dans sa cellule avant l’ouverture du procès ; Gustav Krupp, déclaré médicalement inapte à comparaître ; et Martin Bormann, jugé par contumace car porté disparu en 1945 — son décès ne sera officiellement confirmé qu’en 1973 après la découverte de ses restes à Berlin.

Les 21 accusés du Tribunal Militaire International 

Hermann Göring

Commandant de la Luftwaffe et successeur désigné de Hitler.
Rudolf Hess

Rudolf Hess

Adjoint du Führer et chef du parti nazi jusqu’en 1941.

Joachim von Ribbentrop

Ministre des Affaires étrangères du Reich.

Albert Speer

Architecte de Hitler et ministre de l’Armement.

Wilhelm Keitel

Chef du Haut Commandement de la Wehrmacht (OKW).
Karl Dönitz

Karl Dönitz

Grand-amiral de la Marine et dernier président du Reich.

Ernst Kaltenbrunner

Chef du RSHA (Sécurité du Reich) après l’assassinat de Heydrich.

Alfred Rosenberg

Idéologue du parti et ministre des Territoires occupés de l’Est.

Hans Frank

Gouverneur général de la Pologne occupée.

Wilhelm Frick

Ministre de l’Intérieur et Protecteur de Bohême-Moravie.

Julius Streicher

Directeur du journal antisémite Der Stürmer.

Walther Funk

Ministre de l’Économie et président de la Reichsbank.

Hjalmar Schacht

Ancien ministre de l’Économie et président de la Reichsbank.

Erich Raeder

Grand-amiral, prédécesseur de Dönitz à la tête de la Kriegsmarine.

Baldur von Schirach

Chef de la Jeunesse hitlérienne et Gauleiter de Vienne.

Fritz Sauckel

Plénipotentiaire général pour la main-d’œuvre (travail forcé).

Alfred Jodl

Chef de l’état-major de la conduite des opérations de la Wehrmacht.

Franz von Papen

Ancien chancelier et ambassadeur du Reich.

Arthur Seyss-Inquart

Commissaire du Reich pour les Pays-Bas occupés.

Konstantin von Neurath

Ancien ministre des Affaires étrangères et Protecteur de Bohême-Moravie.

Hans Fritzsche

Chef de la division Radio au ministère de la Propagande.

    Profils et responsabilités

    Les accusés ne sont pas jugés de manière collective mais individuelle. Le tribunal distingue les niveaux de responsabilité. Certains ont exercé un pouvoir décisionnel direct. D’autres ont joué un rôle idéologique ou administratif essentiel. Cette approche permet d’éviter l’idée d’une culpabilité indistincte et de démontrer la structure hiérarchisée du régime nazi.

    Le déroulement du procès

    Un procès long et minutieux

    Le procès s’ouvre officiellement le 20 novembre 1945. Il s’achève le 1er octobre 1946, soit après plus de 10 mois d’audiences. Au total, le tribunal tient 403 audiences publiques, entend 240 témoins et examine plusieurs milliers de documents. Plus de 300 000 déclarations écrites sous serment sont versées au dossier.

    L’accusation adopte une stratégie méthodique. Elle commence par démontrer la réalité des crimes, avant d’en établir la planification et la responsabilité individuelle des accusés. Des films tournés lors de la libération des camps sont projetés à l’audience. Ces images, inédites pour beaucoup, produisent un choc profond, y compris chez certains accusés.

    L’accusation

    Chaque puissance alliée présente une partie du dossier. Les procureurs américains jouent un rôle central, notamment dans la mise en forme juridique des accusations. Leur objectif n’est pas seulement de convaincre les juges, mais de laisser une trace historique irréfutable.

    Les documents nazis sont utilisés comme preuves principales. Ordres signés, comptes rendus de réunions, rapports logistiques sur les déportations démontrent que les crimes ne sont ni accidentels ni improvisés. Ils résultent d’une politique d’État cohérente.

    La défense

    La défense invoque principalement trois arguments. Le premier est celui de l’obéissance aux ordres. Le second repose sur la légalité interne du régime nazi. Le troisième conteste la compétence du tribunal et la rétroactivité des crimes reprochés. Le tribunal rejette ces arguments. Il affirme que l’obéissance à des ordres manifestement criminels ne saurait exonérer un individu. Il établit également que certains crimes sont interdits par le droit international, indépendamment de leur reconnaissance par le droit interne d’un État.

    Les stratégies des accusés varient considérablement. Hermann Göring tente de se présenter comme un homme d’État responsable, mais il se montre incapable de se désolidariser d’Hitler et de critiquer ses actions. D’autres accusés se présentent comme de simples exécutants, affirmant souvent ignorer l’existence des crimes de masse. Le procès met en lumière l’écart entre ces déclarations et la documentation accablante présentée par l’accusation.

    Le cas particulier d’Albert Speer

    Albert Speer adopte lui une stratégie différente de celle de Göring. L’architecte du Reich reconnaît une responsabilité collective pour les crimes du régime. Il affirme cependant avoir ignoré l’existence de l’extermination des Juifs. Cette posture plus conciliante vise à le distinguer des fanatiques du premier rang. Sa ligne de défense subtile influence fortement le jugement final à son égard.

    Les dignitaires nazis, lors du procès de Nuremberg

    Les dignitaires nazis, lors du procès de Nuremberg

    Le verdict

    Les sentences

    Le verdict est rendu le 1er octobre 1946. Sur les 22 accusés présents au procès, 12 sont condamnés à mort par pendaison, 3 à la réclusion à perpétuité, 4 à des peines de prison allant de 10 à 20 ans, et 3 sont acquittés. Les exécutions ont lieu dans la nuit du 15 au 16 octobre 1946, dans la prison de Nuremberg.

    Les condamnés à mort
    • Hermann Göring, ancien dauphin d’Hitler et chef de la Luftwaffe, est condamné à mort par pendaison mais se suicide au cyanure dans sa cellule le 15 octobre 1946, à la veille de son exécution.
    • Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères et artisan de la diplomatie d’agression du Reich, est pendu le 16 octobre 1946.
    • Wilhelm Keitel, chef du Haut Commandement de la Wehrmacht et signataire d’ordres criminels, est pendu le 16 octobre 1946.
    • Alfred Rosenberg, principal théoricien racial du régime et ministre des Territoires occupés de l’Est, est pendu le 16 octobre 1946.
    • Hans Frank, gouverneur général de la Pologne occupée, responsable de crimes de masse, est pendu le 16 octobre 1946.
    • Wilhelm Frick, ministre de l’Intérieur et coauteur des lois raciales, est pendu le 16 octobre 1946.
    • Julius Streicher, directeur du journal antisémite Der Stürmer, est pendu le 16 octobre 1946 pour incitation directe au génocide.
    • Fritz Sauckel, responsable du travail forcé de millions d’Européens, est pendu le 16 octobre 1946.
    • Arthur Seyss-Inquart, administrateur nazi des Pays-Bas occupés, est pendu le 16 octobre 1946.
    • Ernst Kaltenbrunner, chef du RSHA et responsable de la police politique du Reich, est pendu le 16 octobre 1946.
    • Alfred Jodl, chef des opérations militaires de l’OKW, est pendu le 16 octobre 1946 ; sa condamnation sera controversée et symboliquement réhabilitée par un tribunal allemand en 1953, sans effet pénal.
    • Martin Bormann, secrétaire personnel d’Hitler, est condamné à mort par contumace ; il est officiellement déclaré mort en 1973 après la découverte de ses restes à Berlin.
    Les accusés condamnés à la prison à perpétuité
    • Rudolf Hess, ancien adjoint d’Hitler, est condamné à la prison à perpétuité et incarcéré à la prison de Spandau ; il s’y suicide le 17 août 1987 à l’âge de 93 ans.
    • Walther Funk, ministre de l’Économie et président de la Reichsbank, est condamné à perpétuité mais libéré pour raisons de santé en 1957 ; il meurt en 1960.
    • Erich Raeder, ancien commandant en chef de la Kriegsmarine, est condamné à perpétuité mais libéré en 1955 pour raisons médicales ; il meurt en 1960.
    Les condamnés à des peines de prison à durée limitée
    • Karl Dönitz, successeur d’Hitler à la tête de l’État allemand en mai 1945, est condamné à dix ans de prison et libéré en 1956 après avoir purgé l’intégralité de sa peine.
    • Baldur von Schirach, ancien chef des Jeunesses hitlériennes et gauleiter de Vienne, est condamné à vingt ans de prison et libéré en 1966 ; il meurt en 1974.
    • Albert Speer, ministre de l’Armement et de la Production de guerre, est condamné à vingt ans de prison, qu’il purge intégralement à Spandau avant d’être libéré en 1966 ; il meurt en 1981.
    • Konstantin von Neurath, ancien ministre des Affaires étrangères et protecteur de Bohême-Moravie, est condamné à quinze ans de prison mais libéré en 1954 pour raisons de santé ; il meurt en 1956.
    Les acquittés
    • Hjalmar Schacht, ancien ministre de l’Économie et président de la Reichsbank, est acquitté à Nuremberg mais brièvement interné ensuite par les autorités allemandes avant d’être libéré en 1948.
    • Franz von Papen, ancien chancelier du Reich et diplomate, est acquitté à Nuremberg, puis condamné à huit ans de travaux forcés par un tribunal de dénazification avant d’être libéré en appel en 1949.
    • Hans Fritzsche, cadre de la propagande radiophonique, est acquitté à Nuremberg mais condamné ultérieurement à neuf ans de prison par un tribunal allemand ; il est libéré en 1950.
    Hermann Goring, lors du procès de Nuremberg

    Hermann Goring, lors du procès de Nuremberg

    Les réactions suite au verdict

    Une onde de choc internationale

    Le verdict du 1er octobre 1946 provoque une réaction mondiale immédiate. Dans les pays alliés, la décision est majoritairement saluée comme une victoire du droit sur la barbarie. La presse britannique et américaine insiste sur la solennité du procès et sur la dimension pédagogique des débats. Le Times de Londres parle d’un « moment fondateur de la conscience juridique moderne ».

    Aux États-Unis, les grands quotidiens soulignent la rigueur procédurale et la publicité donnée aux preuves. Les images des accusés confrontés aux films des camps de concentration marquent durablement l’opinion. Le procès est perçu comme un acte de justice, mais aussi comme une mise en garde adressée aux générations futures.

    En France, la réception est plus ambivalente. Le procès est globalement approuvé, mais certains intellectuels s’interrogent sur la clémence relative de certaines peines et sur l’absence de jugement de collaborateurs non allemands. Malgré ces réserves, Nuremberg est vu comme une réponse morale aux crimes de l’Occupation.

    Une réception contrastée en Allemagne

    En Allemagne occupée, les réactions sont profondément divisées. Une partie de la population rejette le procès, le percevant comme une justice imposée par les vainqueurs. Les sondages réalisés par les autorités américaines en 1946 montrent qu’environ 40 % des Allemands considèrent les verdicts comme injustes ou excessifs.

    À l’inverse, une minorité reconnaît la légitimité du tribunal, notamment face aux preuves accablantes présentées. Les projections publiques des films des camps provoquent un choc durable. Pour beaucoup, Nuremberg marque la première confrontation directe avec l’ampleur des crimes nazis.

    Le procès participe ainsi à une lente prise de conscience, sans provoquer immédiatement un consensus moral.

    Limites et critiques du procès

    La question de la « justice des vainqueurs »

    Dès 1946, le procès est critiqué pour son caractère asymétrique. Seuls les crimes allemands sont jugés, tandis que les bombardements alliés de villes comme Dresde ou Hambourg ne font l’objet d’aucune poursuite. Cette absence alimente l’accusation de justice des vainqueurs, formulée aussi bien par certains juristes que par des observateurs politiques.

    La position de l’Union soviétique fragilise encore la crédibilité du tribunal. L’URSS siège comme juge alors même qu’elle s’est rendue coupable de crimes de masse, notamment le massacre de Katyn, initialement imputé aux Allemands durant le procès. Cette contradiction est connue mais politiquement tue.

    Des fragilités juridiques réelles

    Sur le plan du droit, Nuremberg soulève des problèmes fondamentaux. Le tribunal applique des qualifications pénales partiellement nouvelles, notamment le crime contre l’humanité. Les accusés sont jugés sur la base de normes qui n’existaient pas formellement au moment des faits, ce qui pose la question de la rétroactivité du droit pénal.

    La sélection des accusés est également critiquée. Seule une élite politique, militaire et idéologique est jugée. La responsabilité collective de l’appareil administratif, industriel et social du Reich reste largement hors du champ judiciaire.

    Enfin, le procès rejette explicitement toute notion de culpabilité collective allemande. Cette prudence juridique limite la portée morale immédiate de la condamnation.

    Une justice fondatrice

    Malgré ses limites, Nuremberg constitue un tournant historique majeur. Pour la première fois, des dirigeants d’État sont tenus pénalement responsables de crimes commis au nom d’un État souverain. Le principe selon lequel l’obéissance aux ordres ne constitue pas une excuse absolue est clairement établi.

    Le concept de crime contre l’humanité acquiert une existence juridique durable. Il est repris par l’ONU dès 1946 et intégré dans les conventions internationales ultérieures. Nuremberg pose ainsi les bases du droit pénal international moderne.

    Le procès de Nuremberg en quelques questions

    Pourquoi le procès a-t-il eu lieu à Nuremberg ?
    Le choix de Nuremberg est symbolique et pratique. La ville était le siège des grands rassemblements du parti nazi. Y juger les criminels marquait la fin idéologique du régime. De plus, son palais de justice et sa prison étaient l’un des rares complexes encore intacts en 1945.

    Qui était le principal accusé à Nuremberg ?
    En l’absence de Hitler, Hermann Göring était le plus haut dignitaire nazi jugé. Ancien chef de la Luftwaffe et successeur désigné du Führer, il a tenté de dominer les débats. Il s’est suicidé dans sa cellule juste avant son exécution.

    Qu’est-ce qu’un crime contre l’humanité ?
    C’est un concept juridique créé pour le procès de Nuremberg. Il désigne des actes de barbarie (assassinat, extermination, déportation) commis de façon systématique contre une population civile. Cette notion a permis de juger spécifiquement la Shoah.

    Combien de nazis ont été condamnés à mort ?
    Sur les 21 accusés présents au procès principal, 12 ont été condamnés à la peine de mort par pendaison. Parmi eux figurent Joachim von Ribbentrop, Wilhelm Keitel et Ernst Kaltenbrunner. Les exécutions ont eu lieu le 16 octobre 1946.

    Qu’est-ce que la « défense de Nuremberg » ?
    Il s’agit de l’argument de l’obéissance aux ordres supérieurs (« Befehl ist Befehl »). Les accusés affirmaient ne pas être responsables car ils ne faisaient qu’exécuter des ordres. Le tribunal a rejeté cet argument, affirmant que la responsabilité individuelle prime sur le devoir d’obéissance en cas de crime atroce.

    Y a-t-il eu d’autres procès après celui de 1946 ?
    Oui, le procès principal a été suivi par 12 autres procès organisés uniquement par les Américains à Nuremberg. Ces procès visaient des catégories spécifiques : les médecins (expériences médicales), les juges nazis, les industriels (Krupp) et les chefs des Einsatzgruppen.

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