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LES DOSSIERS

Les derniers jours de Hitler

Avril 1945. Berlin brûle. L’Armée rouge resserre son étau sur la capitale du Reich en ruines, et les obus soviétiques tombent désormais à quelques kilomètres de la Chancellerie. Sous terre, à huit mètres de profondeur, dans un labyrinthe de béton armé et de couloirs mal éclairés, Adolf Hitler continue de diriger une guerre qu’il a déjà perdue.

Le Führerbunker est à la fois un centre de commandement et une scène de théâtre. On y déplace des armées qui n’existent plus sur des cartes qui ne correspondent plus à rien. On y célèbre un mariage. On y teste du poison sur un chien. On y exécute un général pour désertion, et on y nomme un autre commandant d’une ville condamnée — à sa grande horreur.

Ce dossier reconstitue, heure par heure, les dix derniers jours du IIIe Reich — et la fin de l’homme qui l’avait voulu millénaire.

1. « L’anniversaire », ou le dernier contact avec le monde extérieur

Le 20 avril 1945, Adolf Hitler a cinquante-six ans. Berlin croule sous les obus soviétiques, et la guerre est perdue depuis des mois — mais le protocole a ses exigences. Dans la nuit, des membres de son entourage — Wilhelm Burgdorf, Hermann Fegelein, Otto Günsche, Walter Hewel, Julius Schaub, Heinz Lorenz — se pressent à l’entrée de son bureau. Il apparaît fatigué, salue les présents d’un geste mécanique.

Les dernières images du Führer 

Plus tard dans la journée, il remonte en surface pour une cérémonie lunaire. Dans les ruines du jardin de la Chancellerie, il remet la Croix de fer à une vingtaine d’adolescents de la Hitlerjugend, âgés de douze à quinze ans, envoyés défendre Berlin. Une caméra filme la scène pour la propagande. Ce seront les toutes dernières images d’Hitler : on l’y voit le bras tremblant dans le dos, rongé par la maladie de Parkinson, serrant la main d’un enfant-soldat sur fond de ruines et de sifflements d’obus.

Il redescend ensuite tenir une réunion en présence des derniers grands dignitaires encore présents : Göring, Joachim von Ribbentrop (ministre des Affaires étrangères), Karl Dönitz (chef de la Kriegsmarine), Albert Speer (ministre des Armements et de la Production de guerre), Wilhelm Keitel, (chef du haut commandement militaire allemand), ou encore Hans Krebs (chef d’état-major général de l’armée de terre).

Les adieux

Hitler leur annonce « qu’il restera à Berlin jusqu’à la dernière minute, et, à ce moment seulement, s’envolerait vers le sud »1. Il fait ses adieux à Dönitz — chaleureux — qui part organiser la résistance dans le nord. Avec Göring, il est glacial. Himmler, Ribbentrop et d’autres quittent les lieux en invoquant des prétextes divers. Selon l’aide de camp d’Hitler, leurs départs successifs provoquent sa déception — lui qui espérait peut-être encore que quelqu’un resterait.

Totalement déconnecté des réalités, il ordonne au chef d’état-major Krebs de lancer une contre-offensive à l’ouest de Berlin, confiée aux 3e et 4e armées blindées — dépourvues de tout moyen offensif digne de ce nom.

Hitler, lors de sa dernière apparition publique

Hitler, lors de sa dernière apparition publique

2. La folie des « offensives » chimériques

Berlin est soumise à d’intenses tirs d’artillerie lourde soviétique. Lors d’une conversation téléphonique, le général Karl Koller informe Hitler que la batterie soviétique est à douze kilomètres de la Chancellerie. L’information l’ébranle : il ne pensait pas les Soviétiques aussi proches.

Dans la nuit du 21 au 22 avril, il ordonne à Felix Steiner, commandant d’unités SS, une contre-attaque pour dégager Berlin. Il précise qu’il répond de l’exécution de cet ordre sur sa tête.

L’offensive Steiner

Le 22 avril, Hitler apprend que Steiner refuse d’exécuter l’ordre, faute de troupes mobiles suffisantes. Il entre alors dans une crise de colère au cours de laquelle il déclare que la guerre est perdue, blâme et insulte les généraux. Selon Keitel et Jodl, il leur déclare : « J’abandonne, et c’est définitif. […] S’il faut vraiment négocier avec l’ennemi, ce qui est le cas à présent, alors Göring est le plus qualifié. Je livrerai le combat pour Berlin, et je le gagnerai, ou alors je serai tué dans Berlin »2.

Quelques heures plus tard, il apparaît revigoré, et ordonne une nouvelle contre-offensive chimérique — cette fois aux 12e et 9e armées sous le commandement de Keitel.

« J’aurais nettement préféré que vous ordonniez de me fusiller »

Le même jour une rumeur se répand dans le bunker : le général Helmuth Weidling aurait transféré son PC du sud-est à l’Ouest de Berlin. Hitler ordonne de le relever de ses fonctions, de le traduire devant un tribunal militaire et de l’exécuter. Weidling, loin de se laisser intimider, rejoint le bunker, y rencontre Krebs et Burgdorf et leur demande pour quelle raison il doit être fusillé. Alors qu’il apporte la preuve que son PC est toujours au sud-est, à 1 ou 2 km des soviétiques, ses interlocuteurs deviennent nettement plus aimables. Ils l’amènent devant Hitler.

Weidling racontera par la suite l’entretien : Hitler avait le « visage boursouflé » et un regard « étrangement brillant, comme s’il avait de la fièvre ». Surtout, le général assista avec une « stupéfaction croissante » a l’exposé du Führer sur la défense de Berlin. Hitler pensait les soviétiques durement éprouvés, voire même exterminés grâce à Steiner. Weidling quitte le bunker stupéfait. Le lendemain, Krebs l’informe qu’Hitler l’a nommé commandant du périmètre de défense de Berlin. Réponse sèche du général : « J’aurais nettement préféré que vous ordonniez de me fusiller. Ce calice s’éloignerait de mes lèvres ».

L’arrivée de la famille Goebbels

Magda Goebbels rejoint le bunker avec ses six enfants — Helga, Hilde, Helmut, Holdine, Hedwig, Heidrun. Elle déclare qu’ils mourront ensemble plutôt que de voir leur monde disparaître. Les enfants jouent, chantent pour Hitler. Averti de la décision des époux Goebbels de tuer leurs enfants avant de se suicider, Hitler offre à Magda son insigne d’or du Parti nazi. Elle dit alors qu’il s’agit du « plus grand honneur qu’une Allemande peut recevoir ». Il lui a été attribué car elle était, selon Hitler, « la plus grande mère du Reich ».

Joseph et Magda Goebbels, accompagnés de leurs enfants. L'ainé, Harald Quandt, ici en uniforme militaire, est issu du premier mariage de Magda.

Joseph et Magda Goebbels, accompagnés de leurs enfants. L’ainé, Harald Quandt, ici en uniforme militaire, est issu du premier mariage de Magda.

3. La rupture avec Göring

À l’aube du 23 avril, Berlin est encerclée sur trois côtés par l’Armée rouge. L’atmosphère dans le bunker est lourde, saturée de fumée de cigarettes et d’une tension que personne n’ose nommer.

La dernière entrevue avec Speer

Albert Speer, ministre de l’Armement, parvient à rejoindre Berlin depuis Hambourg au prix d’un voyage dangereux. Il descend au bunker pour ce qui sera sa dernière conversation avec Hitler, et lui avoue qu’il a sciemment désobéi à l’ordre de pratiquer la politique de la terre brûlée — le Néronbefehl — refusant de détruire les infrastructures allemandes. Hitler écoute, impassible, puis lâche cette phrase : « Si la guerre est perdue, la nation a montré qu’elle n’était pas digne de survivre. »

Il ne le fait pas exécuter — comme il l’avait pourtant promis pour toute désobéissance. Il le laisse repartir en lui serrant la main : un geste qui surprendra Speer toute sa vie. Après un dernier échange avec Eva Braun, Speer quitte le bunker pour aller visiter une dernière fois la Chancellerie qu’il avait construite pour Hitler.

La chute de Göring

Dans la soirée, un télégramme arrive du quartier général de Göring, réfugié en Bavière. Il rappelle à Hitler le décret de 1941 le désignant comme successeur et demande s’il doit assumer les pouvoirs du Reich, estimant que le Führer est dans l’impossibilité de gouverner. Martin Bormann, qui contrôle l’accès à Hitler dans le bunker, présente la chose comme un coup d’État. Hitler, effondré puis furieux, y voit une trahison. Il dicte sur-le-champ un ordre d’arrestation de Göring et le dépouille de toutes ses charges. Leur relation, qui avait traversé vingt ans de nazisme, s’achève par télégramme.

4. Péripéties aériennes

Le 25 avril, lors d’une conférence de situation, Hitler affirme que des divergences entre les Alliés vont apparaître et constituer un tournant décisif. Il se croit encore capable de défaire l’Armée rouge à Berlin et de s’imposer comme seul rempart contre le bolchevisme : « Alors les autres finiront peut-être par être convaincus qu’une seule entité possède la capacité de contenir le colosse bolchevique : moi, et le parti, et l’État allemand actuel »3. La déconnexion est totale.

Ritter von Greim remplace Göring

Le 26 avril, le général Robert Ritter von Greim et Hanna Reitsch, pilote d’essai réputée (et également sa maîtresse), effectuent un vol très risqué pour atteindre Berlin sur ordre d’Hitler. Ils parviennent à atterrir dans la ville assiégée.

Von Greim, blessé à la jambe par un tir de DCA, est présenté au Führer et nommé commandant en chef de la Luftwaffe en remplacement de Göring. Hitler lui confie aussitôt une mission chimérique : repartir de Berlin pour organiser des frappes aériennes depuis l’extérieur. Le duo s’envolera du Tiergarten le 28 avril, à la surprise des Russes tout proches.

Hitler reçoit le général Helmuth Weidling, commandant désigné de la défense de Berlin. Weidling, homme pragmatique, lui expose la situation : les munitions s’épuisent, il ne reste que quelques jours avant la chute.

D’abord furieux, Hitler l’accuse de pessimisme. Mais Weidling insiste sur la nécessité de négocier pour éviter un bain de sang inutile. Hitler refuse catégoriquement. Il ordonne que Berlin soit défendue « jusqu’au dernier homme ». Il évoque encore des armées fantômes censées venir à la rescousse, notamment celle de Wenck. Là encore, cela relève de l’illusion.

Biographie

Le maréchal flamboyant, entre faste et décadence

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Un technicien au cœur du régime

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L’ombre bureaucratique d’Hitler

5. La trahison d’Himmler

Le 28 avril la BBC annonce que Heinrich Himmler a tenté de négocier une reddition avec les Alliés (via, notamment, le comte Folke Bernadotte). Apprendre que Himmler cherche à traiter avec l’ennemi équivaut pour Hitler à la plus grave des trahisons. Bormann, Goebbels et d’autres présentent cela comme une infidélité politique inexcusable. Hitler, selon Hanna Reitsch, « se démenait comme un fou, son visage empourpré était presque méconnaissable ». Il donne l’ordre d’arrestation de Himmler et le fait démettre de ses fonctions.

L’exécution de Fegelein

Le même jour, Hermann Fegelein (représentant de Himmler auprès du Führer, et beau-frère d’Eva Braun) est recherché sur ordre d’Hitler. Il est trouvé et arrêté près du Reichschancellery. Il avait en effet tenté de fuir, a été trouvé vêtu en civil et a été saisi par les services du bunker.

Tandis que les comptes rendus divergent sur les détails (ivresse, tentative d’évasion), les versions convergent sur un point : Fegelein est jugé sommairement pour désertion et trahison, puis exécuté. Selon plusieurs récits, il est jugé et exécuté dans la nuit du 28 au 29 ou tôt le 29. D’autres sources laissent une part d’incertitude sur l’heure exacte et le lieu.

Biographie

Le chef de la terreur et l’organisateur de la Shoah

»Plan du bunker d’Hitler

  • Fosse d’incinération
  • Sortie vers le jardin
  • Ventilation et tour de garde
  • Ventilation et tour de garde (en construction)
  • Prise d’air
  • Générateur et évacuation d’air conditionné
  • Mur du jardin de l’ancienne chancellerie
  • Plafond en béton armé de 3,43 m d’épaisseur
  • Escalier menant à la tour de garde
  • Vestiaire
  • Salle de conférence/salle des cartes
  • Chambre à coucher d’Hitler
  • Bureau d’Hitler
  • Salon d’Hitler
  • Chambre à coucher d’Eva Braun
  • Dressing/salle de bain
  • Toilettes
  • Salle des machines électriques
  • Couloir/salon
  • Salle de conférence
  • Chambre à coucher de Goebbels
  • Quartiers du médecin
  • Bureau de Goebbels et cabinet médical
  • Central téléphonique et bureau de Bormann
  • Générateur/système de ventilation
  • Portes anti-gaz
  • Hall/salon
  • Escaliers menant à l’avant-bunker
  • Dépôt
  • Appartements de la famille Goebbels
  • Cantine
  • Escaliers vers le ministère des Affaires étrangères
  • Salle de conférence/couloir
  • Cellier et cave à vin
  • Cuisine
  • Réservoirs d’eau
  • Chaufferie
  • Escaliers vers l’ancienne chancellerie du Reich
  • Tunnel vers la nouvelle chancellerie du Reich
  • Fosse d’incinération
  • Sortie vers le jardin
  • Ventilation et tour de garde
  • Ventilation et tour de garde (en construction)
  • Prise d’air
  • Générateur et évacuation d’air conditionné
  • Mur du jardin de l’ancienne chancellerie
  • Plafond en béton armé de 3,43 m d’épaisseur
  • Escalier menant à la tour de garde
  • Vestiaire
  • Salle de conférence/salle des cartes
  • Chambre à coucher d’Hitler
  • Bureau d’Hitler
  • Salon d’Hitler
  • Chambre à coucher d’Eva Braun
  • Dressing/salle de bain
  • Toilettes
  • Salle des machines électriques
  • Couloir/salon
  • Salle de conférence
  • Chambre à coucher de Goebbels
  • Quartiers du médecin
  • Bureau de Goebbels et cabinet médical
  • Central téléphonique et bureau de Bormann
  • Générateur/système de ventilation
  • Portes anti-gaz
  • Hall/salon
  • Escaliers menant à l’avant-bunker
  • Dépôt
  • Appartements de la famille Goebbels
  • Cantine
  • Escaliers vers le ministère des Affaires étrangères
  • Salle de conférence/couloir
  • Cellier et cave à vin
  • Cuisine
  • Réservoirs d’eau
  • Chaufferie
  • Escaliers vers l’ancienne chancellerie du Reich
  • Tunnel vers la nouvelle chancellerie du Reich

6. Les dernières heures

Le 29 avril est une journée chargée en actes symboliques — comme si Hitler voulait mettre de l’ordre dans ce qui lui reste de temps…

Le mariage du Führer

Peu après minuit (dans la nuit du 28 au 29) Adolf Hitler épouse Eva Braun. La cérémonie civile – courte – se déroule dans le bunker. Les témoins sont Joseph Goebbels et Martin Bormann.

La « noce » est modeste et est suivie d’un petit déjeuner nuptial auquel participent le couple Goebbels, Gerda Christian et Traudl Junge (secrétaires d’Hitler). Hitler s’isole peu après avec cette dernière et lui dicte ses testaments politique et personnel. Il nomme Karl Dönitz comme président du Reich et Joseph Goebbels comme chancelier. Il écarte Göring et Himmler pour cause de « trahison ». Le document referme vingt ans de régime sur une liste de nominations et un acte d’accusation.

« Moi et ma femme choisissons la mort pour échapper à la honte de la déposition ou de la capitulation. Notre désir est d’être brûlés immédiatement sur les lieux où j’ai fourni la plus grande partie de mon travail quotidien pendant les douze années passées au service de mon peuple »

Adolf Hitler, dans son testament

La mort de Mussolini

Dans la matinée, Hitler apprend la mort de Mussolini — fusillé par les partisans italiens le 28 avril, puis pendu par les pieds à Milan, son corps exposé et profané par la foule. Cette image le hante. Elle conforte sa décision de mourir dans le bunker et surtout d’être brûlé : son cadavre ne sera pas exhibé par les Russes.

Le test des capsules de cyanure

Méfiant à l’égard des capsules remises par Himmler — l’homme qui vient de le trahir — Hitler ordonne de les tester. Le médecin SS Werner Haase administre une capsule à Blondi, la chienne d’Hitler. L’animal meurt instantanément. Plusieurs témoins rapportent l’état de stupeur d’Hitler devant la dépouille. C’est l’une des images les plus étranges de ces derniers jours : un homme qui a ordonné la mort de millions d’êtres humains, pétrifié par la mort de son chien.

Le 30 avril 1945, Hitler se lève tôt, contrairement à ses habitudes. Vers six heures du matin, il convoque une réunion. Keitel confirme qu’aucune force ne peut venir au secours de Berlin. Mohnke estime que les défenses de la Chancellerie ne peuvent tenir au maximum que deux jours. Weidling déclare que, faute de munitions, les combats doivent cesser la nuit suivante et sollicite une dernière fois l’autorisation de tenter une percée. Hitler refuse.

Instructions et dernier repas

En fin de matinée, il donne à son aide de camp, Otto Günsche, des instructions précises pour l’incinération de son corps et de celui d’Eva Hitler. A cet effet, il lui ordonne de procéder à cette opération avec les bidons d’essence rassemblés la veille et sur son ordre par son chauffeur, Erich Kempka. Il déjeune ensuite avec ses deux secrétaires et sa diététicienne, Constanze Manziarly. Un repas ordinaire, au fond d’un bunker encerclé, à quelques heures de la fin.

Après le repas, Hitler rejoint sa femme dans sa chambre, puis le couple fait ses adieux aux proches rassemblés par Günsche. Sont présents les secrétaires de Hitler, les généraux Krebs et Burgdorf, Bormann et Goebbels. A noter, l’absence de Magda Goebbels, qui est sous le choc de la mort à venir du Führer.

La secrétaire d’Hitler racontera dans ses mémoires : « Il sort très lentement de sa chambre, plus courbé que jamais […] et tend la main à chacun. Je sens sa main droite chaude dans la mienne, il me regarde mais il ne voit pas. Il semble être très loin »4.

Le suicide

Vers 14H30, Adolf et Eva Hitler se retirent dans leurs quartiers. Le niveau inférieur du bunker est évacué. Vers 15 h 15, Heinz Linge (valet de chambre du Führer), accompagné de Günsche, Goebbels et Bormann, pénètre dans le salon de Hitler et y découvrent les deux cadavres.

Selon les témoignages et les analyses historiques recoupés par l’historien allemand Joachim Fest, Hitler est assis sur le canapé, tassé sur lui-même, la tête légèrement penchée en avant et les yeux ouverts. Sur sa tempe droite, il y a un trou qui laisse échapper un filet de sang ; et le mur derrière lui est taché de sang. Eva Hitler gît à ses côtés sur le canapé, les jambes repliées sous elle, les lèvres serrées et bleuâtres, exhalant une odeur d’amande amère — le signe caractéristique du cyanure.

Les sources historiques divergent sur les modalités exactes : selon les témoignages les plus fiables — ceux de Linge et Günsche — Hitler se serait tiré une balle dans la tempe tout en mordant une capsule de cyanure. D’autres récits n’évoquent que l’arme à feu. La question reste ouverte. 

La crémation du corps

Conformément aux dernières instructions d’Hitler, les corps sont transportés à la sortie du bunker, posés dans un cratère ou une zone dégagée du jardin de la Chancellerie, arrosés d’essence et partiellement brûlés par un groupe restreint (Günsche, Linge, quelques aides). Selon plusieurs témoignages, les dignitaires présents (Bormann, Goebbels, Burgdorf, ou encore Krebs) se tiennent au garde-à-vous, certains faisant le salut hitlérien.

La combustion est incomplète et les Soviétiques diront plus tard avoir récupéré des fragments dentaires et des restes calcinés. La confirmation médico-légale ultérieure reposera surtout sur l’identification dentaire.

7. Après le suicide…

Le 1er mai 1945, peu avant quatre heures du matin, le général Krebs informe le général soviétique Vassili Tchouïkov du suicide du Führer, lors des négociations pour la reddition de Berlin. La population allemande est avertie à 22h26 par un communiqué radio — dernier exemple de la propagande du régime : le texte date la mort du 1er mai et non du 30 avril, et affirme qu’Hitler est mort au combat.

Dans l’après-midi du 1er mai, Joseph et Magda Goebbels font administrer à leurs six enfants endormis une dose de morphine, puis du cyanure. Les enfants s’appellent Helga, Hilde, Helmut, Holdine, Hedwig, Heidrun — tous leurs prénoms commencent par H, en hommage à Hitler. Aucun n’a plus de douze ans. Leurs parents se suicident ensuite et se font incinérer dans les jardins de la Chancellerie.

Dans la nuit, les généraux Krebs et Burgdorf, complètement ivres, se tirent chacun une balle dans la tête. Les autres occupants du bunker s’enfuient par groupes et connaissent des sorts très divers — certains sont capturés, d’autres se suicident, quelques-uns disparaissent.

8. Le sort des corps, et du bunker

L’avancée rapide de l’armée soviétique fit que les restes d’Hitler restes furent rapidement recueillis, soumis à des autopsies, puis enterrés clandestinement dans un terrain contrôlé par les services soviétiques à Magdebourg5.

Pendant des décennies, les corps — ainsi que ceux de la famille Goebbels, de Blondi et d’autres — restèrent en place. En 1970, craignant que le site ne devienne un sanctuaire néonazi, les autorités soviétiques ordonnèrent de les exhumer et de les brûler une seconde fois, au point de ne conserver que des fragments de mâchoire. Les cendres furent dispersées dans une rivière, probablement la Biederitz. Aujourd’hui, seul un fragment de mâchoire est conservé dans les archives d’État russes.

Le sort du bunker

Les Soviétiques rasèrent la Chancellerie mais laissèrent le bunker en grande partie intact. En 1947, des essais d’explosion n’endommagèrent que partiellement les murs intérieurs. En 1959, la RDA entreprit une nouvelle opération de démolition. Avec la construction du Mur de Berlin, le site fut ensuite laissé à l’abandon — jusqu’à la fin des années 1980, où des ouvriers redécouvrirent des parties souterraines, rapidement comblées. 6.

Désormais, un panneau d’information installé en 2006 signale discrètement l’emplacement du Führerbunker, à l’angle de Gertrud-Kolmar-Straße et In den Ministergärten, à proximité de Potsdamer Platz. Pas de monument, pas de marquage solennel. Juste un panneau, sur un parking, dans une ville reconstruite. C’est peut-être la bonne réponse à apporter à un homme qui voulait que son nom reste gravé dans l’histoire pour mille ans.

Biographie

La maîtresse du dictateur

Biographie

Le maître de la parole au service de la barbarie

Heinrich Himmler

Capturé par les Britanniques le 23 mai 1945, il se suicide par ingestion de cyanure avant tout interrogatoire.

Hermann Göring

Condamné à mort à Nuremberg mais se suicide au cyanure la veille de son exécution en 1946.

Albert Speer

Jugé à Nuremberg, condamné à 20 ans de prison, il est libéré en 1966, il devient écrivain et meurt en 1981.

Martin Bormann

Disparu dans la nuit du 1er au 2 mai 1945 en tentant de fuir Berlin ; son corps n’est identifié que dans les années 1970 grâce à l’ADN.

Felix Steiner

Fait prisonnier par les Britanniques, libéré en 1948, meurt en Allemagne en 1966.

Wilhelm Keitel

Condamné à mort à Nuremberg et pendu le 16 octobre 1946.

Alfred Jodl

Condamné à mort à Nuremberg et pendu le 16 octobre 1946, inhumé anonymement.

Helmuth Weidling

Commandant de la défense de Berlin, capturé par les Soviétiques, meurt en détention à Moscou en 1955.

Ritter von Greim

Arrêté par les Américains, il se suicide le 24 mai 1945 par ingestion de cyanure.

Hanna Reitsch

Pilote d’essai, capturée par les Américains, libérée, poursuit sa carrière aéronautique et meurt en 1979.

Wilhelm Mohnke

Général SS, capturé par les Soviétiques, détenu jusqu’en 1955, vit ensuite en Allemagne de l’Ouest jusqu’à sa mort en 2001.

Gerda Christian

Secrétaire d’Hitler, capturée par les Soviétiques, libérée en 1946, mène ensuite une vie discrète jusqu’à sa mort en 1997.

Traudl Junge

Secrétaire personnelle d’Hitler, capturée par les Soviétiques puis par les Américains, libérée, meurt en 2002.

Otto Günsche

Aide de camp d’Hitler, capturé par les Soviétiques, détenu jusqu’en 1956, mène ensuite une vie discrète en RFA.

Constanze Manziarly

Diététicienne d’Hitler, disparaît en mai 1945 en tentant de fuir Berlin, probablement tuée par des soldats soviétiques.

Heinz Linge

Valet de chambre d’Hitler, capturé par les Soviétiques, libéré en 1955, publie ses mémoires et meurt en 1980.

    La fin d’Hitler en quelques questions

    Quand et comment Adolf Hitler est-il mort ?
    Adolf Hitler s’est suicidé le 30 avril 1945, vers 15h30, dans son bureau du Führerbunker à Berlin. Selon les témoignages de ses proches, il s’est tiré une balle dans la tête tandis qu’Eva Braun, qu’il avait épousée la veille, s’empoisonnait au cyanure.

    Pourquoi Hitler a-t-il décidé de rester à Berlin ?
    Malgré les conseils de plusieurs de ses proches qui l’incitaient à fuir vers les Alpes bavaroises pour continuer la résistance, Hitler a choisi de rester dans la capitale assiégée. Il souhaitait lier son destin à celui de la ville et craignait d’être capturé par les troupes soviétiques qui encerclaient le centre-ville.

    Qu’est-ce que le « Testament politique » de Hitler ?
    Rédigé peu avant son suicide, ce document désigne ses successeurs : l’amiral Karl Dönitz comme président du Reich et Joseph Goebbels comme chancelier. Dans ce texte, il justifie ses actes, blâme les généraux pour la défaite et ordonne la poursuite de la lutte contre les Alliés.

    Qu’est-il advenu de la famille Goebbels ?
    Le 1er mai 1945, le lendemain de la mort de Hitler, Joseph Goebbels et son épouse Magda se suicident après avoir empoisonné leurs six enfants. Ils refusent l’idée de vivre dans un monde où le national-socialisme aurait disparu.

    Pourquoi le corps de Hitler n’a-t-il pas été retrouvé immédiatement par les Alliés occidentaux ?
    Conformément à ses instructions, le corps de Hitler a été transporté dans le jardin de la Chancellerie, arrosé d’essence et brûlé pour éviter toute profanation. Ce sont les services secrets soviétiques (NKVD) qui ont récupéré les restes carbonisés début mai, gardant le secret sur cette découverte pendant plusieurs années, ce qui a alimenté de nombreuses théories du complot.

    1 Antony Beevor, La chute de Berlin
    2 François Kersaudy, Hermann Goering
    3 Joachim Fest, Les derniers jours de Hitler
    4 Traudl Junge, Dans la tanière du loup
    5 Whatever Happened to Hitler’s Body ?
    6 Führerbunker – Wikipedia

    Une guerre,

    MILLE HISTOIRES

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