Skip to main content

Rudolf Hess

(1894-1987)

Rudolf Hess occupe une place à la fois unique et énigmatique dans la hiérarchie du Troisième Reich. Fidèle de la première heure et secrétaire particulier d’Adolf Hitler, il fut longtemps considéré comme le « dauphin » du régime.

La rencontre d’un destin : de Munich à Landsberg

Né en 1894 à Alexandrie (Égypte), Walter Richard Rudolf Hess grandit dans une famille de commerçants aisés. Son enfance est marquée par une éducation militaire et nationaliste. Durant la Première Guerre mondiale, il sert dans l’armée comme pilote. À la fin du conflit, il s’inscrit à l’Université de Munich, où il se rapproche des cercles völkisch et nationalistes. C’est dans ce milieu qu’il rencontre Adolf Hitler.

Hess est immédiatement subjugué par le charisme du futur dictateur. Lors de l’échec du putsch de la Brasserie en 1923, il est incarcéré avec Hitler à la prison de Landsberg. Durant cette période, il joue un rôle crucial. Il aide en effet Hitler à rédiger Mein Kampf, mettant en forme les pensées du chef nazi.

Le « Dauphin » du Troisième Reich

Avec l’arrivée au pouvoir du NSDAP en 1933, Hess occupe des fonctions importantes au sein du parti. En avril 1933, il devient adjoint de Hitler pour les affaires internes du parti. Il accède au gouvernement en tant que membre du cabinet. En 1939, il est officiellement placé juste après Hermann Göring dans l’ordre de succession. Il devient le visage officiel du Parti, celui qui introduit Hitler lors des congrès de Nuremberg avec son célèbre cri : « Le Parti, c’est Hitler ! L’Allemagne, c’est Hitler ! ».

Rudolf Hess et Adolf Hitler
Rudolf Hess et Adolf Hitler

La marginalisation

S’il occupe une place protocolaire de premier plan, Hess manque toutefois de sens politique face à des rivaux plus brutaux comme Göring ou Goebbels. Au début de la guerre, alors que Hitler concentre les décisions stratégiques entre les mains de ses généraux et de ses principaux lieutenants l’influence de Hess commence à décliner. Son rôle devient de plus en plus secondaire face à l’expansion du conflit et à la militarisation croissante du régime. De plus, dans l’ombre, son secrétaire Martin Bormann commence à grignoter son influence. Hess se réfugie alors dans l’occultisme, l’astrologie et une admiration sans faille pour son maître.

L’énigme du vol vers l’Écosse

Probablement dans une tentative spectaculaire de retrouver de l’influence et d’instaurer une paix séparée entre l’Allemagne et le Royaume-Uni, Hess prend alors une initiative personnelle. Le 10 mai 1941, il quitte l’Allemagne à bord d’un Messerschmitt Bf 110 désarmé et saute en parachute en Écosse. Vêtu d’un uniforme civil, il a l’intention d’approcher des responsables britanniques en vue de négociations de paix. La mission est un fiasco total. Churchill le fait interner, tandis qu’Hitler, furieux et embarrassé, le déclare officiellement fou. Hess restera prisonnier en Grande-Bretagne jusqu’à la fin des hostilités.

Toutefois, cette version officielle a été remise en question par plusieurs historiens à partir de la fin du XXᵉ siècle. Le contexte stratégique du printemps 1941 alimente en effet de sérieux doutes sur l’hypothèse d’une initiative isolée de Hess. À cette date, Hitler prépare l’invasion de l’Union soviétique, prévue pour l’été, et est inquiet du risque d’une guerre sur deux fronts. Ainsi, une paix avec le Royaume-Uni aurait constitué un avantage stratégique majeur lui permettant de concentrer ses forces contre l’URSS.

De plus, le rang même de Hess au sein du régime nazi renforce ces interrogations. Officiellement troisième personnage du Reich, il bénéficie ainsi d’un accès privilégié au Führer. La préparation du vol, l’autonomie exceptionnelle de l’appareil utilisé rendent difficilement crédible l’idée d’une action menée sans complicités. Ou du moins sans une forme d’aval tacite au plus haut niveau de l’État nazi.

Selon cette interprétation, Hitler n’aurait pas donné d’ordre formel écrit, mais aurait laissé Hess agir comme émissaire officieux, chargé de tester la possibilité d’un accord politique avec Londres avant le déclenchement de l’opération Barbarossa. L’échec de la mission, suivi de la capture de Hess, aurait alors conduit le régime, sous l’influence du ministre de la propagande Goebbels, à nier toute implication afin de préserver sa crédibilité politique.

Nuremberg et la solitude de Spandau

En 1945, il est transféré à Nuremberg pour le procès des grands criminels de guerre. Face aux juges, il simule l’amnésie et adopte un comportement erratique. Il est condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre la paix et complot.

Rudolf Hess, lors du procès de Nuremberg, ici à côté de Göring.
Rudolf Hess, lors du procès de Nuremberg, ici à côté de Göring.

Il purgera sa peine à la prison de Spandau, à Berlin. À partir de 1966, suite à la libération de Speer et von Schirach, il devient l’unique détenu de cette forteresse. Ainsi, durant vingt-et-un ans, il incarne le dernier vestige vivant du haut commandement nazi, refusant de renier son engagement.

Le 17 août 1987, à l’âge de 93 ans, Rudolf Hess est retrouvé pendu dans un pavillon du jardin de la prison. Si la thèse officielle conclut au suicide, sa mort alimente encore aujourd’hui de nombreuses théories du complot, scellant définitivement le mystère de celui qui fut « l’ombre du Führer ».

Rudolf Hess en quelques questions

Pourquoi Rudolf Hess s’est-il envolé pour l’Écosse en mai 1941 ?

Officiellement, il cherchait à rencontrer le duc d’Hamilton pour proposer un traité de paix au Royaume-Uni. L’objectif stratégique était de fermer le front occidental afin que l’Allemagne puisse lancer l’invasion de l’Union soviétique sans craindre une guerre sur deux fronts. Bien que le régime nazi l’ait présenté comme un acte de folie pour se désolidariser de l’échec de la mission, l’hypothèse d’une opération validée par Hitler est largement soutenue par les historiens.

Quelle était la nature du lien entre Adolf Hitler et Rudolf Hess ?

Hess était le plus fidèle parmi les fidèles, ayant partagé la cellule d’Hitler après l’échec du putsch de 1923. En tant que secrétaire particulier, il a contribué à la mise en forme de Mein Kampf et a été nommé Adjoint du Führer dès 1933. Cependant, son influence politique a décliné au fil des années au profit d’hommes plus pragmatiques comme Martin Bormann.

Comment s’est déroulée la fin de vie de Rudolf Hess à Spandau ?

Après avoir été condamné à la prison à perpétuité lors du procès de Nuremberg, Hess est devenu l’unique prisonnier de la forteresse de Spandau à partir de 1966. Il y a passé vingt-et-un ans dans un isolement presque total, sous la garde tournante des quatre puissances occupantes de Berlin. Sa mort en 1987, à l’âge de 93 ans, a été classée comme un suicide par pendaison.

Quel rôle Martin Bormann a-t-il joué dans l’éviction de Hess ?

Martin Bormann a agi comme un véritable prédateur au sein de la Chancellerie du Parti. En tant que chef de cabinet de Hess, il a méthodiquement verrouillé l’accès à Hitler et s’est emparé de la gestion administrative et financière du mouvement. En se rendant indispensable au quotidien, Bormann a relégué Hess à des fonctions purement protocolaires. Cette mise à l’écart a contribué à l’isolement psychologique de Hess, le poussant vers l’occultisme et l’astrologie avant son départ définitif pour l’Écosse.

Sources :
https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-23895/rudolf-hesse/
https://www.britannica.com/biography/Rudolf-Hess
https://www.nationalarchives.gov.uk/education/students/videos/spotlight-on/spotlight-on-rudolf-hess/

Les autres biographies

Le maître de la parole au service de la barbarie.

L’homme de l’apaisement.

Le génie nazi qui a envoyé l’Amérique sur la Lune

L’empereur divin devenu symbole de paix : entre silence et culpabilité.

Le sabre de l’Empire, artisan de la guerre du Pacifique.

L’incarnation de la France libre,

Le chef de la terreur et l’organisateur de la Shoah.

Le maréchal d’acier, héros de la Grande Guerre patriotique.

Le « Renard du désert ».

L’architecte du cataclysme mondial.

Le stratège des U-Boote devenu, pour 23 jours, le dernier Führer

L’architecte du monde libre.

La maîtresse du dictateur.

Maréchal de l’Armée rouge.

Le général américain charismatique, héros du Pacifique.