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Philippe Pétain

(1856 – 1951)

Philippe Pétain
Philippe Pétain

Philippe Pétain occupe une place singulière et tragique dans la mémoire collective française. Militaire de carrière ayant atteint les plus hauts sommets en 1918, il est rappelé au pouvoir lors de la défaite de 1940. Son parcours incarne le passage brutal d’un patriotisme défensif à une politique de collaboration qui a durablement fracturé la nation.

Jeunesse, formation et carrière militaire (1856–1914)

Henri-Philippe Pétain naît le 24 avril 1856 à Cauchy-à-la-Tour, dans le Pas-de-Calais, au sein d’une famille de petits propriétaires terriens. Élevé dans un milieu rural marqué par le conservatisme et l’attachement à l’ordre, il s’oriente rapidement vers une carrière militaire. Entré à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, il en sort officier d’infanterie. Il poursuit ensuite une progression lente mais régulière au sein de l’armée française.

Contrairement à de nombreux officiers de sa génération, Pétain se montre critique à l’égard des doctrines offensives dominantes de la fin du XIXᵉ siècle. Il défend une approche plus prudente, fondée sur la puissance de feu et la défense organisée. Ces positions lui valent une réputation d’officier atypique et freinent longtemps son avancement. À la veille de la Première Guerre mondiale, il n’est encore que colonel, relativement inconnu du grand public.

La Première Guerre mondiale et la construction du mythe (1914–1918)

La Première Guerre mondiale transforme radicalement la carrière et l’image de Philippe Pétain. Promu général dès 1914, il se distingue lors des combats de l’Artois et de la Champagne. Mais c’est surtout lors de la bataille de Verdun, en 1916, qu’il acquiert une renommée nationale. Chargé de stabiliser un front menacé d’effondrement, il met en place une organisation logistique efficace. Celle-ci était fondée sur la rotation des unités et le ravitaillement constant des troupes.

Pétain apparaît alors comme le général du « réalisme » et de la protection des soldats, incarnant une alternative aux stratégies jugées meurtrières de certains de ses pairs. En 1917, après les mutineries qui secouent l’armée française, il est nommé commandant en chef. Il rétablit la discipline tout en améliorant les conditions de vie des combattants, combinant fermeté et concessions. À l’issue du conflit, il est élevé au rang de maréchal de France. Il devient l’une des figures militaires les plus respectées du pays.

Entre-deux-guerres : prestige et conservatisme (1919–1939)

Dans l’entre-deux-guerres, Philippe Pétain demeure une figure centrale de la vie militaire et politique française. Il occupe divers postes prestigieux, notamment celui d’inspecteur général de l’armée, puis de ministre de la Guerre en 1934. Il soutient une stratégie défensive, incarnée par la ligne Maginot, reflet de sa vision profondément marquée par l’expérience de 1914-1918.

Sur le plan politique, Pétain incarne un conservatisme autoritaire, hostile au parlementarisme et aux évolutions sociales de la Troisième République. Sans être un idéologue fasciste, il se montre sensible aux discours sur le déclin moral de la France et sur la nécessité d’un pouvoir fort. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, son prestige reste intact. Mais son âge avancé et son éloignement des réalités stratégiques modernes limitent son rôle direct.

La défaite de 1940 et l’appel à l’armistice

L’effondrement militaire de la France au printemps 1940 marque un tournant décisif. Appelé au gouvernement comme vice-président du Conseil en mai, Pétain apparaît comme un recours face au chaos. Le 16 juin 1940, alors que l’armée française est balayée par la Blitzkrieg, Pétain est nommé Président du Conseil. Refusant de poursuivre le combat depuis l’Afrique du Nord, il annonce dès le lendemain à la radio qu’il faut « cesser le combat ». Il ouvre ainsi la voie à la demande d’armistice avec l’Allemagne nazie.

Philippe Pétain et Adolf Hitler. La célèbre poignée de main de Montoire.
Philippe Pétain et Adolf Hitler. La célèbre poignée de main de Montoire.

L’armistice du 22 juin entérine la défaite et divise la France. Le 10 juillet, réfugié à Vichy, il obtient les pleins pouvoirs constituants d’une Assemblée nationale traumatisée. Ce jour-là, la Troisième République s’effondre : Pétain s’auto-proclame Chef de l’État français. Le régime de Vichy met fin aux institutions républicaines. Il instaure un État autoritaire fondé sur la devise « Travail, Famille, Patrie ». Il met en place un régime autoritaire fondé sur la « Révolution nationale », visant à régénérer la France par un retour aux valeurs traditionnelles, rurales et religieuses.

Pour Pétain et ses partisans, l’armistice est présenté comme un moyen de préserver l’essentiel de la nation. Pour ses adversaires, il constitue une capitulation politique et morale. Cette décision place la France dans une situation de dépendance vis-à-vis du vainqueur allemand.

La spirale de la collaboration et le choix de Montoire

Très rapidement, le régime s’engage dans une politique de collaboration avec l’Allemagne nazie. Le 24 octobre 1940, la poignée de main de Montoire entre Pétain et Adolf Hitler scelle officiellement la collaboration. Pétain espère ainsi obtenir un assouplissement du sort des prisonniers et une place de choix pour la France dans le « Nouvel Ordre Européen ».

Cependant, cet engagement diplomatique se transforme rapidement en une compromission idéologique et policière. Sous l’influence de Pierre Laval, le régime multiplie les gages à l’occupant. Plus grave encore, l’État français anticipe les demandes allemandes en promulguant, dès octobre 1940, un Statut des Juifs qui les exclut de la fonction publique et de nombreuses professions. Cette législation antisémite, durcie par Pétain lui-même, prépare le terrain à la spoliation et, plus tard, à la complicité de l’État dans la déportation.

De la zone libre à l’asservissement total

Le tournant de novembre 1942, marqué par le débarquement allié en Afrique du Nord et l’invasion de la zone libre par la Wehrmacht, réduit Pétain au rang de simple figurant. Bien qu’il ait perdu toute souveraineté, il reste à Vichy, devenant l’otage consentant d’un Reich de plus en plus exigeant. La Milice de Joseph Darnand, créée en 1943 avec son aval, devient le bras armé du régime pour traquer les résistants et les Juifs, plongeant la France dans une quasi-guerre civile. Le Maréchal cautionne par son silence ou ses discours la dérive sanglante d’un État qui ne survit que par la volonté de l’occupant.

Sigmaringen, le procès et l’île d’Yeu

En août 1944, face à l’avance alliée, les Allemands emmènent de force Pétain à Sigmaringen, en Allemagne, où il refuse de poursuivre ses fonctions de chef d’État en exil. Il rentre volontairement en France en avril 1945 pour se justifier devant la Haute Cour de Justice.

Philippe Pétain lors son procès pour trahison
Philippe Pétain lors son procès pour trahison.

Son procès, qui s’ouvre en juillet, devient le procès du régime de Vichy. Condamné à mort pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi, sa peine est commuée en réclusion à perpétuité par le général de Gaulle en raison de son grand âge. Il finit ses jours enfermé au fort de la Citadelle sur l’île d’Yeu. Il s’y éteint le 23 juillet 1951 à l’âge de 95 ans, emportant avec lui le mystère d’un homme qui, pour avoir voulu sauver la France, l’aura finalement livrée à l’abîme.

Philippe Pétain en quelques questions

Qui était Philippe Pétain ?

Philippe Pétain fut un maréchal de France, héros de Verdun pendant la Première Guerre mondiale, et plus tard chef de l’État français à Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pourquoi Pétain est-il devenu chef de l’État de Vichy ?

Après la défaite française de 1940, Pétain est nommé président du Conseil et obtient les pleins pouvoirs, fondant le régime autoritaire de Vichy.

Quel rôle Pétain a-t-il joué dans la collaboration avec l’Allemagne nazie ?

Son gouvernement a adopté des lois antisémites et coopéré avec l’occupant allemand, participant aux arrestations et déportations, bien que certains historiens débattent de l’étendue de sa responsabilité directe.

Quand et comment Pétain a-t-il été jugé ?

Après la Libération, Pétain est jugé en 1945 pour haute trahison. Condamné à mort, sa peine est commuée en détention à perpétuité en raison de son âge et de son passé militaire.

Quand et où est mort Philippe Pétain ?

Philippe Pétain est mort le 23 juillet 1951 sur l’île d’Yeu, où il purgeait sa peine de réclusion à perpétuité.

Sources :
https://www.britannica.com/biography/Philippe-Petain
https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/philippe-petain

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