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KV-2

Carte d’identité

  • Période de service : 1940–1941 (en première ligne)
  • Type : Blindé lourd
  • Concepteur : Jozef Kotin / bureau TsKB-2, usine Kirov
  • Fabricant : Usine Kirov, Leningrad

Fiche technique

KV-2

  • Masse : 52,5 t
  • Longueur : 6,88 m
  • Hauteur : 3,25 m (tourelle incluse) / 4,00 m (hauteur totale avec mitrailleuse de tourelle)
  • Largeur : 3,32 m
  • Equipage : 6 hommes (chef de char, tireur, 2 chargeurs, pilote, radio)
  • Blindage : Frontal : 75 mm / Latéral : 75 mm / Tourelle : 110 mm
  • Armement : Obusier 152 mm M-10T M1938 (36 obus) / 3 mitrailleuses DT-29 de 7,62 mm
  • Motorisation : Diesel V-2K, V12, 600 ch
  • Vitesse max (route) : 35 km/h
  • Autonomie : 250 km
  • Production : Environ 334

1. Un char né de la ligne Mannerheim

L’hiver 1939-1940 est brutal pour l’Armée rouge. Face aux fortifications bétonnées de la ligne Mannerheim en Finlande, les chars et l’artillerie soviétiques peinent à progresser. Les bunkers finlandais résistent aux canons de char standard de 76 mm : il faut donc une puissance de feu autrement plus lourde pour les réduire au silence. Le commandement soviétique réclame en urgence une solution capable de détruire des fortifications à tir direct.

La réponse est expéditive : les ingénieurs du bureau TsKB-2 de l’usine Kirov, dirigés par Jozef Kotin, reprennent le châssis du KV-1 dont la production vient d’être approuvée et y adaptent une nouvelle tourelle de très grandes dimensions, logeant un obusier de 152 mm. Cette tourelle, pesant à elle seule 14 tonnes, transforme un char de 38 tonnes en un monstre de 52,5 tonnes. Le délai de conception est stupéfiant : moins de deux mois séparent la demande opérationnelle du premier prototype roulant. C’est la méthode soviétique à son état le plus pur : produire d’abord, affiner ensuite.

La production du KV-2 commence en 1940 et se poursuit jusqu’en octobre 1941. Le nombre exact d’exemplaires produits fait débat entre les sources : les sources anglophones spécialisées s’accordent sur environ 203 exemplaires de grande série, tandis que les sources francophones incluant les pré-séries citent jusqu’à 334. Dans tous les cas, c’est un char produit en quantité infime, moins que le Tigre I allemand.

2. Une silhouette hors normes

Le KV-2 est immédiatement identifiable à sa tourelle, l’une des plus grandes jamais montées sur un char pendant la Seconde Guerre mondiale. Haute, verticale, presque cubique, elle élève la hauteur totale du char à plus de quatre mètres. À l’époque de son apparition en 1941, son poids de 52,16 tonnes et sa taille en font l’un des chars les plus lourds et les plus hauts de son époque.

Cette silhouette imposante porte en elle une limite tactique majeure. Le centre de gravité trop élevé crée des problèmes de stabilité, surtout sur un terrain accidenté. La tourelle massive devait être positionnée sur un terrain relativement plat pour éviter de faire basculer le char. Plus grave encore, lors des essais : la rotation de la tourelle n’est possible que lorsque le char se trouve sur un terrain horizontal. Si l’engin est sur une pente, la tourelle reste bloquée dans sa position. Un char dont la tourelle ne pivote pas en terrain incliné est un char condamné à présenter son flanc à l’ennemi pour changer d’axe de tir.

3. L’obusier de 152 mm : une arme de destruction massive

L’obusier M-10T de 152 mm est une adaptation du canon d’artillerie divisionnaire M-10 M1938, raccourci pour s’adapter aux dimensions de la tourelle. Son obus explosif de 43,5 kg peut pulvériser un bunker en béton, démolir un bâtiment fortifié, ou projeter des éclats sur un rayon suffisant pour nettoyer une position d’infanterie. Contre les chars légers et moyens de 1941, l’effet est dévastateur : même un impact à proximité suffit à arracher les chenilles et à désorienter l’équipage.

La contrepartie de cette puissance est une cadence de tir très lente. Les deux chargeurs doivent manipuler des obus de 43,5 kg en espace confiné, un effort physique considérable même pour des hommes entraînés. La cadence maximale est de 2 coups par minute, et seulement 36 obus sont embarqués. En combat intense, l’autonomie en munitions est donc très limitée.

4. Raseiniai : un seul char contre une division

Les 23 et 24 juin 1941, à Raseiniai en Lituanie, un seul KV-2 immobilise pendant près de deux jours l’avance de la 6e Panzerdivision allemande. L’épisode est documenté dans un rapport militaire américain de 1953 compilant des témoignages de combattants allemands.

La 6e Panzerdivision, qui fait partie du Groupe d’armées Nord, progresse vers la ville de Raseiniai et la rivière Dubysa, lorsqu’un KV-2 surgit sur la route et commence à détruire les camions de ravitaillement qui tentent de passer. Les équipages allemands découvrent rapidement qu’aucune de leurs armes antichar standards ne peut arrêter le char. Le KV-2 fait fi des coups de 50mm antichar, du canon de 88mm et des mines de proximité placées la nuit autour du char. Les 37 mm et 50 mm rebondissent sur son blindage. Le Flak 88 mm, engagé en tir tendu, est détruit avant d’avoir pu placer ses obus efficacement.

Ce n’est que par une grenade lancée à l’intérieur du char via une trappe forcée que l’équipage allemand parvient à neutraliser le colosse. Les Allemands ont finalement remporté la bataille de Raseiniai, mais au prix de pertes significatives et d’un retard considérable dans leur progression vers Leningrad.

5. Barbarossa : une fin rapide et inévitable

Mais la réalité opérationnelle est impitoyable avec le KV-2. Sa transmission souffre des mêmes faiblesses chroniques que celle du KV-1, aggravées par les 14 tonnes supplémentaires imposées par la tourelle. Les pannes mécaniques sont fréquentes. La silhouette de quatre mètres le rend visible à des kilomètres et en fait une cible prioritaire pour l’artillerie adverse dès que les Allemands disposent d’armes capables de le percer.

La plupart des KV-2 sont perdus en 1941, l’année même de leur engagement. Certains sont capturés intacts ou peu endommagés, et remis en service par la Wehrmacht sous la désignation Sturmpanzerwagen KV-II 754(r). Quelques-uns de ces exemplaires servent dans des unités de sécurité et d’entraînement jusqu’en 1943.

La production s’arrête en octobre 1941, lors de l’évacuation de l’usine Kirov de Leningrad vers l’Oural. Le KV-2 n’est pas reconduit à Tcheliabinsk, sa conception est jugée trop complexe et son rapport coût-efficacité trop défavorable dans une économie de guerre qui commence à rationner chaque tonne d’acier.

6. Un successeur plus sage : le SU-152

La leçon du KV-2 est retenue, mais sa mission ne disparaît pas. L’Armée rouge a besoin d’une arme de 152 mm capable de détruire des fortifications et, à partir de 1943, les nouveaux chars lourds allemands. La réponse est le SU-152, canon automoteur sans tourelle construit sur le châssis du KV-1S à partir de février 1943. En supprimant la tourelle rotative, les ingénieurs réduisent la hauteur, abaissent le centre de gravité et simplifient considérablement la mécanique. Le SU-152 entre dans la légende à Koursk en juillet 1943, où il se révèle l’un des seuls engins soviétiques capables de détruire un Tigre I ou un Ferdinand à distance normale, lui valant le surnom de « Zveroboy », le tueur de fauves.

7. Évaluation

Le KV-2 est un char conçu pour une mission précise : détruire des fortifications bétonnées ,dans un contexte précis, la guerre d’Hiver contre la Finlande. Pour cette mission, dans ce contexte, il est redoutable. Son obusier de 152 mm peut démolir n’importe quelle fortification de campagne ou permanente, et son blindage le protège des armes légères que les défenseurs finlandais engagent.

Sorti de ce contexte, ses défauts deviennent rapidement insupportables. Une tourelle qui ne pivote pas en terrain incliné, une silhouette de quatre mètres visible à des kilomètres, une cadence de tir de deux coups par minute avec 36 obus embarqués, une transmission déjà fragile sur le KV-1 et plus sollicitée encore sur le KV-2 : autant de facteurs qui condamnent le char à une carrière courte et coûteuse.

Son vrai héritage est conceptuel : il démontre qu’un canon lourd de soutien direct sur châssis blindé est une arme utile, à condition de renoncer à la tourelle rotative qui pose des problèmes mécaniques insolubles à ce calibre. Le SU-152 puis l’ISU-152 seront les héritiers directs de cette leçon.

8. Évolution & variantes

VersionArmement principalProductionCaractéristique principale
KV‑2 modèle 1939 / modèle 1940Obusier M‑10T de 152 mm102Première version à tourelle haute et inclinée ; silhouette très massive et centre de gravité élevé
KV‑2 modèle 1941Obusier M‑10T de 152 mm232Tourelle plus vaste et plus anguleuse, avec accès aux munitions amélioré
KV‑2 de présérie à obusier de 122 mmObusier de 122 mmSérie très limitée ou prototypesConfiguration initiale expérimentée avant l’adoption du M‑10T de 152 mm
KV‑2 à tourelle expérimentaleObusier de 152 mmPrototypesÉtudes de tourelles et de dispositions différentes, sans production opérationnelle significative
Sommaire

Carte d’identité

  • Période de service : 1940–1941 (en première ligne)
  • Type : Blindé lourd
  • Concepteur : Jozef Kotin / bureau TsKB-2, usine Kirov
  • Fabricant : Usine Kirov, Leningrad
  • Production : Environ 334

Fiche technique

KV-2

  • Masse : 52,5 t
  • Longueur : 6,88 m
  • Hauteur : 3,25 m (tourelle incluse) / 4,00 m (hauteur totale avec mitrailleuse de tourelle)
  • Largeur : 3,32 m
  • Equipage : 6 hommes (chef de char, tireur, 2 chargeurs, pilote, radio)
  • Blindage : Frontal : 75 mm / Latéral : 75 mm / Tourelle : 110 mm
  • Armement : Obusier 152 mm M-10T M1938 (36 obus) / 3 mitrailleuses DT-29 de 7,62 mm
  • Motorisation : Diesel V-2K, V12, 600 ch
  • Vitesse max (route) : 35 km/h
  • Autonomie : 250 km