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Les avions

Dewoitine D.520

Carte d’identité

  • Période de service : 1940-1945
  • Concepteur : Émile Dewoitine / bureau d’études Dewoitine (SNCAM)
  • Fabricant : Dewoitine / SNCAM, puis SNCASE après nationalisation ; production sous contrôle allemand et vichyste après 1940

Fiche technique

Dewoitine D.520 C.1

  • Longueur : 8,60 m
  • Hauteur : 2,57 m
  • Equipage : 1 pilote
  • Armement : 1 × canon Hispano‑Suiza HS.404 de 20 mm (60 coups) tirant à travers le moyeu de l’hélice + 4 × mitrailleuses MAC 1934 de 7,5 mm (675 coups/arme) dans les ailes
  • Production : Environ 900 exemplaires toutes versions confondues

1. Un chasseur moderne pour une armée de l’air en retard

À la fin des années 1930, la France prend conscience de son retard en matière de chasse moderne. Face aux Bf 109 allemands, les MS.406 et autres Bloch 151 paraissent déjà dépassés. Dewoitine, sous l’impulsion de son fondateur Émile Dewoitine et de son bureau d’études, propose un chasseur monoplan à aile basse, entièrement métallique, avec un train escamotable et un cockpit fermé, répondant aux standards de l’époque.

Le prototype D.520‑01 effectue son premier vol le 2 octobre 1938, propulsé par un Hispano‑Suiza 12Y‑21. Les essais montrent un potentiel réel, mais aussi des problèmes de refroidissement et de stabilité. Un deuxième prototype, le D.520‑03, avec un moteur 12Y‑31 et des modifications aérodynamiques, vole en janvier 1939 et confirme les performances visées. La version de série reçoit finalement le Hispano‑Suiza 12Y‑45 de 935 ch, équipé d’un compresseur Szydlowski‑Planiol améliorant les performances en altitude.

La production démarre lentement. Au moment de l’invasion allemande, le 10 mai 1940, seul le GC I/3 est entièrement équipé de D.520, avec environ 36 appareils. D’autres groupes (GC II/3, GC III/6, GC II/7, GC III/3) reçoivent l’avion en cours de bataille, mais jamais en nombre suffisant pour peser durablement sur le rapport de forces.

2. Un seul canon et quatre mitrailleuses : un armement bien pensé

L’armement du D.520 reflète une conception moderne pour l’époque. Il comprend un canon Hispano‑Suiza HS.404 de 20 mm tirant à travers le moyeu de l’hélice, avec 60 obus, et quatre mitrailleuses MAC 1934 de 7,5 mm installées dans les ailes, avec 675 coups par arme.

Cette combinaison est cohérente : le canon de 20 mm, très puissant, permet de détruire un avion ennemi en quelques coups bien placés, tandis que les mitrailleuses de 7,5 mm, avec une cadence de tir élevée et une grande quantité de munitions, servent à l’ajustage et à la saturation à courte distance. Par rapport aux Bf 109E allemands, souvent armés de deux mitrailleuses de capot et de deux canons d’aile à tambour (souvent limités à 60 coups), le D.520 offre une bonne densité de feu et une meilleure réserve de munitions en combat prolongé.

En pratique, les pilotes français apprécient cette configuration, qui leur permet d’engager efficacement aussi bien des chasseurs que des bombardiers. Le D.520 est d’ailleurs crédité de nombreuses victoires sur des Bf 109, Bf 110, Do 17, He 111 et Ju 87 pendant la campagne de France.

3. Mai–juin 1940 : trop peu et trop tard

Lorsque la bataille de France commence, le D.520 est le chasseur français le plus moderne en service, et le seul capable de tenir tête au Bf 109E dans des conditions comparables. Mais il est présent en trop petit nombre et trop tardivement pour inverser le cours des événements.

Les premières victoires interviennent le 13 mai 1940, lorsque les D.520 du GC I/3 abattent trois Henschel Hs 126 et un Heinkel He 111 sans subir de pertes. Le 14 mai, au‑dessus de Sedan, le même groupe revendique dix victoires confirmées (quatre Bf 110, deux Bf 109, deux Do 17, deux He 111) pour la perte de deux D.520 et de leurs pilotes.

Au fil des semaines, les D.520 accumulent un bilan honorable. Selon les sources, ils sont crédités d’environ 108 à 147 victoires confirmées (et 39 probables) contre la Luftwaffe, pour des pertes de l’ordre de 54 à 85 appareils perdus au combat, sans compter ceux détruits au sol ou par accident.

Le GC I/3, par exemple, revendique 55 victoires confirmées et 19 probables, au prix de 32 D.520 perdus (21 en combat aérien, le reste par bombardement ou accident). Le GC II/3 revendique 31 victoires confirmées et 15 probables pour 20 appareils perdus. Ces chiffres montrent que lorsqu’il est présent en nombre suffisant et piloté par des équipages entraînés le D.520 peut tenir son rang face à la Luftwaffe.

Mais ces succès restent locaux. La majorité des unités de chasse françaises volent encore sur des MS.406, des Bloch 151/152 ou des Curtiss H‑75 en nombre limité. Le D.520, bien que supérieur à beaucoup de ses contemporains français, ne peut pas compenser à lui seul le déséquilibre global des forces.

4. Sous l’armistice : Vichy, l’Italie et l’Allemagne

Après l’armistice de juin 1940, la production du D.520 reprend en zone libre, sous le contrôle de la commission d’armistice allemande. Selon les sources, environ 440 à 460 appareils sont construits avant juin 1940, puis 180 à 200 supplémentaires entre 1940 et 1944, portant le total à environ 900 exemplaires selon les comptages.

Une partie de ces avions équipe l’armée de l’air de Vichy, en métropole et en Afrique du Nord. En juin 1941, lors de la campagne de Syrie–Liban, les D.520 vichystes affrontent les forces britanniques et du Commonwealth. Le 8 juin 1941, ils abattent trois Fairey Fulmar pour la perte d’un Dewoitine. Au total, pendant cette campagne, les D.520 effectuent 99 missions sur les 266 sorties de l’aviation vichyste, contribuant à la perte de 27 avions alliés abattus par les chasseurs français, pour 26 chasseurs perdus en combat aérien et 45 détruits au sol ou par mitraillage.

En Afrique du Nord, lors de l’opération Torch en novembre 1942, les D.520 de Vichy affrontent à nouveau les Alliés. Beaucoup sont détruits au sol lors des attaques préventives américaines et britanniques, et leur impact reste limité. Après le ralliement de l’Afrique du Nord à la France libre, une partie des D.520 survivants est reprise par les Forces aériennes françaises libres, surtout pour l’entraînement et les missions secondaires.

Une centaine de D.520 tombent aux mains de l’Allemagne et de l’Italie. La Regia Aeronautica en reçoit plusieurs dizaines, utilisés surtout comme chasseurs d’interception et avions d’entraînement avancé. En juillet 1943, l’Italie en compte encore 47 en service, principalement pour la défense du territoire contre les raids alliés. Après l’armistice italien de septembre 1943, quelques D.520 passent du côté des Alliés, mais leur rôle devient marginal.

5. Performances : un bon compromis pour 1940

Le D.520 de série, avec son Hispano‑Suiza 12Y‑45 de 935 ch, affiche des performances honorables pour un chasseur de 1940. Sa vitesse maximale se situe autour de 535–540 km/h à environ 6 750 m d’altitude.

Son plafond pratique atteint 10 000 à 11 000 m, ce qui lui permet d’intercepter les bombardiers allemands opérant à haute altitude. Son rayon d’action est d’environ 1 250 km en configuration normale, et peut atteindre 1 500 km avec des réservoirs supplémentaires, ce qui est correct pour un chasseur monomoteur de l’époque.

Comparé au Bf 109E, le D.520 est légèrement plus lent en vitesse pure, mais il est très maniable, avec un taux de virage et une stabilité en combat tournoyant qui lui permettent de tenir tête aux chasseurs allemands, surtout à moyenne altitude. Son principal handicap reste la puissance limitée de son moteur, un V12 Hispano‑Suiza 12Y qui, malgré les améliorations apportées avec le 12Y‑45 et plus tard le 12Y‑49 (environ 950–960 ch), reste en retrait par rapport aux moteurs allemands de puissance équivalente ou supérieure.

6. Un avion qui a servi dans les deux camps

Le D.520 a la particularité d’avoir servi dans presque tous les camps pendant la guerre. D’abord dans l’Armée de l’air française en 1940, puis dans l’aviation de Vichy, dans les forces françaises ralliées aux Alliés après 1942, et enfin dans les rangs de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica comme avion d’entraînement et chasseur secondaire.

Après la Libération, une partie des D.520 encore en service est reprise par l’Armée de l’air française reconstituée. Ils servent surtout comme avions d’entraînement avancé et de transition vers des chasseurs plus modernes, comme les Spitfire et les P‑47. Leur carrière opérationnelle de première ligne est alors terminée, mais ils continuent à former une génération de pilotes français dans l’immédiat après‑guerre.

7. Évaluation : le meilleur chasseur français de 1940, mais insuffisant

Le Dewoitine D.520 est sans conteste le meilleur chasseur français engagé en grand nombre pendant la campagne de France. Il est supérieur aux MS.406 et aux Bloch 151/152, et il peut affronter le Bf 109E avec des chances raisonnables, surtout entre les mains de pilotes expérimentés. Son armement, ses performances et sa maniabilité en font un avion bien conçu, qui aurait pu jouer un rôle plus important s’il avait été produit plus tôt et en plus grand nombre.

Mais ce potentiel reste sous‑exploité. La production trop lente, les retards de livraison et l’effondrement rapide de la situation stratégique en mai–juin 1940 limitent fortement son impact. Le D.520 ne peut pas, à lui seul, compenser le déséquilibre des forces aériennes et terrestres. Il reste néanmoins un symbole de ce que l’industrie aéronautique française était capable de faire, même dans un contexte difficile.

Sa vraie place dans l’histoire tient à cette dualité : réussite technique incontestable, mais échec stratégique lié au contexte politique, industriel et militaire de la France de 1940.

8. Évolution & variantes

VersionMoteurProductionCaractéristique principale
D.520-01 à D.520-03Hispano-Suiza 12Y-21, 12Y-31 ou 12Y-51 selon le prototype3 prototypesMise au point du chasseur ; essais de motorisation, de refroidissement, de stabilité et d’aérodynamique
D.520 C.1 / D.520 SHispano-Suiza 12Y-45 puis 12Y-49~870–890 appareils Version de série principale, monoplace armé d’un canon de 20 mm et de quatre mitrailleuses de 7,5 mm ; version employée pendant la bataille de France
D.521Rolls-Royce Merlin III1 prototypeTentative de remotorisation avec un moteur britannique de 1 030 ch ; projet abandonné après les essais
D.522Allison V-1710-C11 prototypeProjet de version équipée d’un moteur américain ; développement interrompu par l’armistice
D.523Hispano-Suiza 12Y-511 prototype ou cellule d’essaiVersion améliorée destinée à recevoir un moteur d’environ 1 100 ch ; essais interrompus en 1940
D.524Hispano-Suiza 12Y-89ter1 exemplaire, n’ayant pas voléNouvelle tentative de remotorisation avec un moteur plus puissant ; aucun développement opérationnel
D.520 DCHispano-Suiza 12Y-45 ou 12Y-49Au moins 13 conversions ; certains décomptes donnent environ 30 appareilsVersion biplace à double commande destinée à l’entraînement, réalisée principalement après-guerre
D.520Z / D.520 THispano-Suiza 12Z1 exemplaire ou prototype selon les sourcesDéveloppement tardif équipé d’un moteur 12Z ; projet interrompu par la guerre puis abandonné après la Libération
D.550Hispano-Suiza 12Y-511 prototypeVersion de compétition et de record, désarmée et allégée ; atteint 702 km/h en novembre 1939
D.551Hispano-Suiza 12Y-513 prototypesVersion militarisée et allégée du D.550 ; aucun exemplaire n’a effectué de vol opérationnel

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  • Concepteur : Émile Dewoitine / bureau d’études Dewoitine (SNCAM)
  • Fabricant : Dewoitine / SNCAM, puis SNCASE après nationalisation ; production sous contrôle allemand et vichyste après 1940

Fiche technique

Dewoitine D.520 C.1

  • Longueur : 8,60 m
  • Hauteur : 2,57 m
  • Equipage : 1 pilote
  • Armement : 1 × canon Hispano‑Suiza HS.404 de 20 mm (60 coups) tirant à travers le moyeu de l’hélice + 4 × mitrailleuses MAC 1934 de 7,5 mm (675 coups/arme) dans les ailes
  • Production : Environ 900 exemplaires toutes versions confondues