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Les avions

Messerschmitt Bf 109

Carte d’identité

  • Période de service : 1937–1945 (et au-delà dans plusieurs pays)
  • Concepteur : Willy Messerschmitt / Robert Lusser puis Waldemar Voigt
  • Fabricant : Bayerische Flugzeugwerke (Messerschmitt), Erla, Fieseler, WNF, Arado

Fiche technique

Pour la version Bf 109 G-6

  • Longueur : 9,05 m
  • Hauteur : 2,60 m
  • Equipage : 1 pilote
  • Armement : 1 canon MG 151/20 de 20 mm tirant par le moyeu d’hélice (150 coups) / 2 mitrailleuses MG 131 de 13 mm en capot (300 coups/arme)
  • Production : environ 34 000 pour l’ensemble des Bf 109

1. Le plus petit avion autour du plus gros moteur

En 1934, le Ministère de l’Air allemand publie un cahier des charges pour un chasseur monoplace à hautes performances, en réponse auquel la Bayerische Flugzeugwerke conçoit ce qui deviendra le Bf 109. Le principe directeur tient en une phrase : créer la cellule la plus petite possible autour du moteur le plus puissant disponible, tout en conservant un armement utile. C’est une philosophie de conception radicalement différente de celle qui prévaudra plus tard pour le Spitfire ou le Zero : ici tout est subordonné à la performance pure, au détriment du confort et de la facilité de pilotage au sol.

La contrainte de départ est sévère : l’industrie aéronautique allemande, repartie de zéro après la dénonciation par Hitler du traité de Versailles qui interdisait la production d’avions, ne dispose en 1934 que du moteur Junkers Jumo de 210 ch, alors que Daimler-Benz travaille sur des moteurs bien plus puissants encore sur table à dessin. Le prototype Bf 109 V1, par ironie de l’histoire, vole pour la première fois en septembre 1935 avec un moteur Rolls-Royce Kestrel britannique, le moteur allemand prévu n’étant pas encore disponible.

Le design qui émerge est révolutionnaire pour son époque : structure entièrement métallique, cockpit fermé, train d’atterrissage rétractable, becs de bord d’attaque automatiques. Mais ce même design impose une voie de train d’atterrissage très étroite, qui restera un défaut chronique de l’appareil tout au long de sa carrière, responsable de nombreux accidents au sol.

2. L’Espagne : le laboratoire tactique

Dès 1937, le Bf 109 fait ses preuves dans le ciel espagnol au sein de la Légion Condor. Face aux chasseurs soviétiques Polikarpov I-15 et I-16, extrêmement maniables, les pilotes allemands ne peuvent pas rivaliser en combat tournoyant. Ils développent alors des tactiques fondées sur la vitesse et l’avantage d’altitude, regroupés par quatre en formations Schwärme se subdivisant en deux Rotten, permettant d’engager et de rompre le combat à leur convenance.

Cette doctrine tactique, élaborée en Espagne sur les premières versions B et C, va structurer l’ensemble de l’aviation de chasse allemande pendant la guerre et sera adoptée plus tard par les Alliés eux-mêmes sous le nom de « formation en doigts de la main ». L’Espagne n’est pas qu’un terrain d’essai technique pour le Bf 109 : c’est le creuset où se forge sa doctrine d’emploi.

3. Les grandes versions

La carrière du Bf 109 traverse cinq générations majeures, chacune répondant à une motorisation différente et à une menace différente.

Bf 109 B, C, D. Les premières versions de série, motorisées par le Jumo 210 de 600 à 700 ch. Engagées en Espagne et lors des premières campagnes de 1939.

Bf 109 E « Emil ». À la fin de 1938, le Bf 109E entre en production, équipé du moteur Daimler-Benz DB 601A nettement plus puissant que le Jumo, ce qui nécessite une refonte importante de la cellule pour dissiper la chaleur supplémentaire. Environ 4 000 Bf 109 E sont produits, principalement de la version E-3. C’est l’Emil qui domine la campagne de Pologne et la campagne de France, et qui affronte pour la première fois un adversaire à sa mesure lors de la Bataille d’Angleterre : supérieur à basse et moyenne altitude à tout ce que les Alliés peuvent lui opposer, il est néanmoins dépassé par le Spitfire au-dessus de 4 600 mètres.

Bf 109 F « Friedrich ». Avec environ 2 200 exemplaires produits, cette version correspond à l’apogée technique du chasseur de Messerschmitt selon de nombreux historiens et pilotes de l’époque, malgré une production plus faible que les autres générations. Aérodynamiquement affinée, dotée du moteur DB 601E, elle entre en service à la fin de 1940 et équipe les plus grands as allemands à leurs débuts, dont Erich Hartmann.

Bf 109 G « Gustav ». La version de référence de la fiche, et de loin la plus produite. Propulsée par le moteur DB 605 de 1 400 ch, elle sert sur tous les fronts. Plus de 12 000 exemplaires sont construits entre février 1943 et 1944 pour la seule sous-version G-6, qui devient la plus répandue de toute la lignée Gustav. Plus de 14 000 Bf 109, presque la moitié de la production totale allemande de l’appareil, sont construits durant la seule année 1944.

Bf 109 K « Kurfürst ». La dernière évolution opérationnelle, tentative de rationaliser la production en standardisant les améliorations apportées au Gustav au fil du temps, avec des performances de vitesse et de montée parmi les meilleures de toute la lignée.

4. La Bataille d’Angleterre : la limite révélée

L’été 1940 marque le premier vrai revers du Bf 109. Du début de la campagne de Pologne en 1939 à la campagne de France en 1940, le Bf 109, principalement dans sa version Emil, domine sans partage les cieux européens, surclassant la plupart des chasseurs adverses grâce à sa vitesse, son taux de montée et son armement. Mais lors de la Bataille d’Angleterre, deux défauts structurels deviennent rédhibitoires.

Son rayon d’action s’avère insuffisant pour escorter les bombardiers allemands jusqu’à Londres et en revenir. Le Bf 109 ne peut opérer au-dessus du territoire anglais que pendant une quinzaine de minutes avant de devoir rebrousser chemin pour rentrer sur ses bases continentales. Les bombardiers allemands, privés d’escorte au moment critique, deviennent des proies faciles pour la chasse britannique. C’est l’une des raisons structurelles de la défaite de la Luftwaffe lors de cette campagne : pas un défaut de l’avion en combat aérien pur, mais une limite géographique imposée par sa conception initiale.

Sur le plan tactique, le constat est plus nuancé. Le Bf 109 reste plus rapide en piqué que le Spitfire et le Hurricane, et peut surclasser les deux en montée à toutes les altitudes sauf au-dessus de 4 600 mètres pour le Spitfire. Le Hurricane, sensiblement plus lent, peut néanmoins virer plus serré que le Messerschmitt, comme peut le faire le Spitfire entre des mains expérimentées.

5. Barbarossa : la domination écrasante

Sur le front de l’Est, à partir de juin 1941, le Bf 109 retrouve la supériorité quasi-totale qu’il avait connue en 1939-1940. Lors de l’opération Barbarossa, du moins dans les premiers temps, il obtient un taux de victoires de 25 contre 1 face à l’aviation soviétique. Les chasseurs soviétiques de 1941, encore largement composés de modèles dépassés et mal employés doctrinalement après les purges staliniennes de l’encadrement militaire, ne peuvent pas rivaliser.

C’est sur ce front que se construisent les scores extraordinaires des as allemands. Erich Hartmann, le pilote de chasse le plus titré de l’histoire, revendique 352 victoires, l’écrasante majorité sur le front de l’Est, principalement à bord de Bf 109 G. Au moins une centaine de pilotes de Bf 109 obtiennent plus de 100 victoires, treize plus de 200, et deux plus de 300 : Hartmann et Gerhard Barkhorn.

Cette situation s’inverse progressivement à partir de 1943-1944, quand l’aviation soviétique se modernise avec l’arrivée des Yakovlev Yak-3 et Lavotchkine La-7, et que l’expérience des pilotes soviétiques s’améliore considérablement après deux ans de guerre.

6. L’Afrique du Nord et la défense du Reich

En Afrique du Nord, le Bf 109 affronte principalement des Curtiss P-40 Warhawk et des Hurricane britanniques. Hans-Joachim Marseille, surnommé « l’Étoile de l’Afrique », devient l’as le plus titré de ce théâtre avec 158 victoires obtenues en un temps remarquablement court par rapport à ses pairs. Le climat désertique impose des adaptations spécifiques : filtres à air renforcés, lubrifiants adaptés, qui donnent naissance aux variantes « /Trop » du Gustav.

À partir de 1943, le Bf 109 est de plus en plus mobilisé dans la défense du territoire allemand contre les raids de bombardiers lourds américains. Combiné à des tactiques de passes frontales en formation contre les box de B-17, l’emploi du Bf 109 dans ce rôle se révèle initialement efficace, mais le nombre croissant de chasseurs d’escorte américains et britanniques, puis le manque de pilotes expérimentés et les restrictions de carburant, rendent cette défense progressivement impossible.

7. Un avion devenu dangereux par sa propre conception

Le défaut le plus documenté du Bf 109 n’est pas tactique; il est mécanique. Son train d’atterrissage aux voies très rapprochées, hérité du choix originel de minimiser la cellule autour du moteur, le rend particulièrement sujet aux groundloops et aux affaissements sur terrain meuble ou irrégulier : une déficience qui coûte cher à la Luftwaffe tout au long de la guerre. Des centaines d’appareils sont perdus ou endommagés au décollage ou à l’atterrissage, sans même avoir rencontré l’ennemi, un tribut payé en pilotes et en matériel qui s’accumule discrètement, loin des statistiques de combat.

Cette caractéristique impose une formation au sol particulièrement rigoureuse pour les nouveaux pilotes, et reste un facteur de pertes non négligeable jusqu’à la fin de la guerre.

8. Évaluation

Le Bf 109 n’est jamais, à aucun moment de sa carrière, l’avion le plus rapide ou le plus maniable de son époque dans l’absolu. Sa principale faiblesse structurelle – un rayon d’action limité par sa faible capacité de carburant – pèse sur toutes ses campagnes offensives, de la Bataille d’Angleterre aux derniers combats défensifs de 1945. Son train d’atterrissage fragile coûte des appareils sans qu’un seul coup de feu soit échangé.

Mais aucun de ces défauts n’a empêché le Bf 109 de rester compétitif du premier au dernier jour de la guerre : une longévité opérationnelle que ni le Spitfire dans sa version d’origine, ni le Zero, n’ont pu égaler sans subir une obsolescence tactique sévère. Construit à environ 34 000 exemplaires, plus du double de n’importe quel autre avion de l’Axe, il demeure le chasseur le plus important de l’Allemagne nazie tant par son volume que par son rôle opérationnel. C’est cette combinaison rare (une conception imparfaite mais perpétuellement améliorable, couplée à une doctrine d’emploi rigoureuse) qui explique sa longévité, là où des chasseurs initialement supérieurs ont parfois été dépassés plus rapidement par l’évolution technique adverse.

9. Évolution & variantes

VersionMoteursProductionCaractéristique principale
Bf 109 A / B / C / DJunkers Jumo 210~1 000Premières versions de série ; mise au point de la cellule et de l’armement
Bf 109 E « Emil »Daimler-Benz DB 601A/N~3 400Version de la bataille de Pologne, de France et d’Angleterre ; premier grand modèle de série
Bf 109 F « Friedrich »Daimler-Benz DB 601N ou E~2 000Cellule aérodynamiquement améliorée, nez redessiné et meilleures performances générales
Bf 109 G‑1 / G‑2 / G‑4Daimler-Benz DB 605APlusieurs milliersDébut de la famille « Gustav » ; versions avec ou sans cockpit pressurisé
Bf 109 G‑6Daimler-Benz DB 605A~12 000Version la plus produite ; armement renforcé, notamment avec le canon moteur de 30 mm sur certaines configurations
Bf 109 G‑10 / G‑14Daimler-Benz DB 605D ou DB 605ASChiffre exact inconnuVersions tardives améliorées, destinées à maintenir les performances face aux chasseurs alliés modernes
Bf 109 K‑4 « Kurfürst »Daimler-Benz DB 605D1 700+Dernière grande version de série ; performances améliorées et armement renforcé
Bf 109 TDaimler-Benz DB 601NSérie limitéeVersion navale destinée au porte-avions Graf Zeppelin ; finalement employée depuis des bases terrestres
Bf 109 G‑12Daimler-Benz DB 605Chiffre exact inconnuVersion biplace d’entraînement réalisée à partir de cellules de Bf 109 G

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Sommaire

Carte d’identité

  • Période de service : 1937–1945 (et au-delà dans plusieurs pays)
  • Concepteur : Willy Messerschmitt / Robert Lusser puis Waldemar Voigt
  • Fabricant : Bayerische Flugzeugwerke (Messerschmitt), Erla, Fieseler, WNF, Arado
  • Production : environ 34 000 pour l’ensemble des Bf 109

Fiche technique

Pour la version Bf 109 G-6

  • Longueur : 9,05 m
  • Hauteur : 2,60 m
  • Equipage : 1 pilote
  • Armement : 1 canon MG 151/20 de 20 mm tirant par le moyeu d’hélice (150 coups) / 2 mitrailleuses MG 131 de 13 mm en capot (300 coups/arme)