Les blindés
Panzer III (Panzerkampfwagen III)
Carte d’identité
- Période de service : 1939-1945
- Type : Blindé moyen
- Concepteur : Daimler-Benz
- Fabricant : Daimler-Benz, MAN, Henschel, Alkett, MNH
Fiche technique
Pour la version Ausf. J/1, canon long L/60
- Masse : 22,3 t / Pression au sol : 0,95 kg/cm²
- Longueur : 5,56 m (hors canon)
- Hauteur : 2,50 m
- Largeur : 2,90 m
- Equipage : 5 hommes (chef de char, tireur, chargeur, pilote, radio-mitrailleur)
- Blindage : Frontal : 50 mm / Latéral : 30 mm
- Armement : Canon 5 cm KwK 39 L/60 (78 obus) / 2 mitrailleuses MG 34 de 7,92 mm
- Motorisation : Maybach HL 120 TRM, 12 cylindres essence, 300 ch
- Vitesse max (route) : 40 km/h
- Autonomie : 175 km
- Production : 5 774 (hors StuG III sur châssis identique)
1. Le char de Guderian
En février 1934, le général Heinz Guderian pose une exigence simple sur le papier mais révolutionnaire dans ses implications : l’armée allemande a besoin de deux types de chars complémentaires. Le premier, un char d’appui lourd armé d’un obusier à courte portée. Le second, un char de combat principal armé d’un canon antichar à haute vélocité : c’est lui qui doit constituer l’épine dorsale des futures Panzerdivisionen.
Quatre sociétés répondent à l’appel d’offres, désigné sous le nom de code « Zugführerwagen » : Daimler-Benz, Krupp, MAN et Rheinmetall-Borsig. Après des essais intensifs conduits en 1936 et 1937, c’est le châssis de Daimler-Benz qui est retenu, et la première série de dix Panzer III Ausf. A sort des chaînes en mai 1937. Mais les premières versions sont des chars de présérie, construits en petits nombres pour former les équipages et identifier les défauts. La production de masse ne sera lancée qu’à partir de la variante F, en 1939.
2. Une conception ambitieuse, un démarrage difficile
Le cahier des charges initial imposait une masse inférieure à 15 tonnes, contrainte dictée par la capacité portante des ponts militaires de l’époque. Cette limite pèsera sur toute l’évolution du char : les premières versions Ausf. A à C ne disposent que de 15 mm de blindage sur tous les côtés, largement insuffisant face aux canons antichars de l’époque. La suspension, avec cinq roues de route indépendantes sur les premiers modèles, est rapidement jugée trop complexe et fragile.
L’armement initial pose également problème. Le canon de 37 mm KwK 36 L/45, choisi pour des raisons de standardisation avec l’infanterie, s’avère rapidement sous-dimensionné. L’état-major allemand savait dès 1939 qu’il faudrait passer au 50 mm, mais les inerties industrielles retardèrent la transition.
La conception apporte en revanche un avantage décisif et souvent sous-estimé : l’équipage de cinq hommes, avec un chef de char, un tireur et un chargeur dédiés. Pendant que les équipages français et britanniques cumulent deux ou trois fonctions dans des tourelles exiguës, le chef de char du Panzer III peut consacrer toute son attention à l’observation du champ de bataille. Ce facteur humain compensera longtemps les lacunes techniques du char.
3. Les grandes familles de versions
Le Panzer III sera décliné en treize variantes, de l’Ausf. A à l’Ausf. N, articulées autour de trois générations de canons. Plutôt que d’énumérer chaque sous-version, voici les trois pivots qui structurent son évolution.
Première génération : canon de 37 mm (Ausf. A à F)
Les versions A à D sont des préséries. L’Ausf. E, produit entre décembre 1938 et octobre 1939 à 96 exemplaires, introduit la suspension définitive par barres de torsion à six roues de route : celle qui équipera toutes les versions suivantes. L’Ausf. F, premier modèle produit en grande série (435 exemplaires), entre en service juste avant le déclenchement de la guerre. Dès la campagne de France, ses limites apparaissent : le 37 mm ne parvient pas à percer le blindage des chars d’infanterie britanniques Matilda.
Deuxième génération : canon de 50 mm court puis long (Ausf. G à M)
À partir de la variante G, le 37 mm cède la place au 50 mm KwK 38 L/42. C’est avec ce canon que le Panzer III combat en Afrique du Nord et lors de l’opération Barbarossa. Mais face aux T-34 et KV-1, le canon court montre encore ses limites. L’Ausf. J/1, produit de 1941 à mi-1942 à 1 067 exemplaires, reçoit le KwK 39 L/60, canon long nettement plus efficace, dont la vélocité supérieure améliore significativement la pénétration. C’est la version de référence de la fiche technique présentée sur cette page, la plus produite et la plus représentative du char à son apogée.
Troisième génération : canon de 75 mm (Ausf. N)
La dernière évolution est paradoxale : l’Ausf. N reçoit le canon court de 75 mm des premiers Panzer IV, une arme à basse vélocité conçue pour le tir de soutien à l’infanterie plutôt que pour l’antichar. C’est l’aveu que le Panzer III ne peut plus rivaliser avec les blindés ennemis. Il est reconverti en char de soutien rapproché pour les bataillons de Tigres, où sa mobilité reste utile.
4. La Blitzkrieg, moteur humain autant que mécanique
Septembre 1939, Pologne. Le Panzer III est encore rare : quelques centaines d’exemplaires seulement. Mais il représente déjà l’essentiel de la puissance de feu des Panzerdivisionen. La campagne de Pologne dure dix-huit jours. L’écrasement est tel qu’on en oubliera les difficultés réelles rencontrées par certaines unités blindées allemandes face à des poches de résistance polonaises bien organisées.
Mai-juin 1940, France. En France, le 37 mm ne parvient pas à perforer le blindage des chars d’infanterie britanniques, et les 30 mm de blindage frontal du Panzer III ne peuvent pas arrêter un obus de 2 livres. La victoire n’est pas celle des machines : c’est celle de la doctrine. Les Panzerdivisionen percent les Ardennes là où personne ne les attend, atteignent la Manche en dix jours, et encerclent les armées alliées avant que leur supériorité technique locale ne puisse s’exercer.
Juin 1941, Barbarossa. Le Panzer III Ausf. G et H constitue le fer de lance de l’invasion. Ses performances restent satisfaisantes lors des premiers mois, notamment sa fiabilité générale, mais les rencontres avec les T-34 et les KV-1 révèlent brutalement ses limites en blindage comme en puissance de feu. La supériorité initiale de la Wehrmacht tient une fois encore davantage à la désorganisation soviétique qu’à la valeur intrinsèque du char.
5. L’Afrique du Nord : le terrain de sa gloire
Si le Panzer III a eu un théâtre privilégié, c’est le désert. Le canon de 50 mm donne de bons résultats dans le désert, où les longues distances de tir avantageant sa vélocité, et où la mobilité prime sur le blindage. C’est en Afrique du Nord, sous les ordres de Rommel, que le Panzer III donne sa pleine mesure tactique. Ses équipages y accumulent une expérience du combat blindé en terrain ouvert que leurs adversaires britanniques peinent à égaler.
C’est aussi en Afrique que ses limites se précisent le plus clairement : face au Matilda II puis au Valentine britanniques, le 50 mm court montre ses insuffisances. L’arrivée progressive de l’Ausf. J avec le canon long L/60 améliore la situation, sans la résoudre définitivement.
6. Le déclin
Quelque 2 600 unités sortent d’usine en 1943, mais le char se démode déjà. Koursk sonne le glas opérationnel du Panzer III comme char de combat principal. Face aux T-34/76 améliorés et aux premières versions du Churchill Mk III, il ne peut plus assumer ce rôle. Sa production s’arrête en 1943, même si des exemplaires combattent jusqu’à la capitulation en mai 1945 dans des unités secondaires.
Son véritable héritage est ailleurs : le châssis du Panzer III sert de base au Sturmgeschütz III, le canon d’assaut qui deviendra l’un des engins blindés les plus produits et les plus efficaces de la Wehrmacht. En comptant les quelque 5 000 Panzer III et les 10 000 engins dérivés fabriqués sur le même châssis, c’est finalement l’engin blindé le plus utilisé par l’armée allemande au cours du conflit.
7. Évaluation
Le Panzer III n’a jamais été, à aucun moment de la guerre, le meilleur char de son époque. En France, son blindage est insuffisant. Sur le front de l’Est, il est dépassé dès 1941. En Afrique du Nord, il tient la dragée haute à ses adversaires, mais sans les dominer vraiment. Pourtant, il a gagné la Pologne, la France, les Balkans et les premiers mois de Barbarossa.
La raison de ces victoires tient moins au char qu’à son système : des équipages de cinq hommes bien entraînés, des radios dans tous les véhicules, une doctrine d’emploi en masse concentrée, et des commandants capables d’exploiter la confusion adverse. Le Panzer III est le char qui a appris à l’Allemagne, et au monde entier, que la guerre blindée moderne se gagne d’abord dans les têtes.
8. Évolution & variantes
| Version | Armement principal | Production | Caractéristique principale |
|---|---|---|---|
| Ausf. A à D | Canon de 3,7 cm KwK 36 L/46,5 | Quelques dizaines | Premières versions de série ; mise au point de la suspension et de la disposition générale |
| Ausf. E | Canon de 3,7 cm KwK 36 L/46,5 | 96 | Première version véritablement mature ; blindage augmenté et suspension à barres de torsion |
| Ausf. F | Canon de 3,7 cm KwK 36 L/46,5 puis 5 cm KwK 38 L/42 | 435 à 450 | Première version produite en quantité importante ; réarmement progressif avec le canon de 5 cm |
| Ausf. G | Canon de 3,7 cm ou 5 cm KwK 38 L/42 | 594 à 600 | Blindage renforcé ; les derniers exemplaires adoptent le canon long de 5 cm |
| Ausf. H | Canon de 5 cm KwK 38 L/42 | 286 | Blindage accru, notamment par l’ajout de plaques boulonnées |
| Ausf. J | Canon de 5 cm KwK 39 L/60 | 1 521 à 1 602 | Version de transition vers le canon long de 5 cm ; production importante en 1941–1942 |
| Ausf. L | Canon de 5 cm KwK 39 L/60 | 1 470 | Blindage renforcé et jupes latérales ; version principale de 1942 |
| Ausf. M | Canon de 5 cm KwK 39 L/60 | 517 | Simplification de production, schnorchel et capacité d’emport de schürzen |
| Ausf. N | Canon court de 7,5 cm KwK 37 L/24 | 614 à 700 | Char d’appui rapproché destiné notamment à combattre les chars lourds ennemis à courte distance |
Carte d’identité
- Période de service : 1939-1945
- Type : Blindé moyen
- Concepteur : Daimler-Benz
- Fabricant : Daimler-Benz, MAN, Henschel, Alkett, MNH
- Production : 5 774 (hors StuG III sur châssis identique)
Fiche technique
Pour la version Ausf. J/1, canon long L/60
- Masse : 22,3 t / Pression au sol : 0,95 kg/cm²
- Longueur : 5,56 m (hors canon)
- Hauteur : 2,50 m
- Largeur : 2,90 m
- Equipage : 5 hommes (chef de char, tireur, chargeur, pilote, radio-mitrailleur)
- Blindage : Frontal : 50 mm / Latéral : 30 mm
- Armement : Canon 5 cm KwK 39 L/60 (78 obus) / 2 mitrailleuses MG 34 de 7,92 mm
- Motorisation : Maybach HL 120 TRM, 12 cylindres essence, 300 ch
- Vitesse max (route) : 40 km/h
- Autonomie : 175 km