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George Patton
George Patton

George Patton

(1885-1945)

Si George Marshall était le cerveau et Eisenhower le diplomate, George S. Patton était la lame de l’armée américaine. Surnommé « Old Blood and Guts », il incarnait une forme de guerre audacieuse, rapide et impitoyable. Convaincu d’être la réincarnation de grands guerriers du passé, ce général à la personnalité volcanique a mené ses troupes à travers l’Afrique, la Sicile et l’Europe avec une fougue qui a souvent déconcerté ses supérieurs autant qu’elle a terrifié ses ennemis.

Une vie vouée au combat

George Smith Patton Jr. naît le 11 novembre 1885 en Californie dans une famille de tradition militaire. Diplômé de West Point en 1909, il participe aux Jeux Olympiques de 1912 en pentathlon moderne avant de servir au Mexique.

Sa carrière militaire commence par un exploit digne d’un film : en 1916, lors de l’expédition au Mexique contre Pancho Villa, il mène la première attaque motorisée de l’histoire de l’armée américaine, fixant les cadavres des lieutenants rebelles sur le capot de sa Dodge.

Pendant la Grande Guerre, il découvre le potentiel des chars en France et commande le premier corps de blindés américains à Saint-Mihiel, où il est blessé en montant à l’assaut à pied devant ses tanks.

George Patton en France, en 1918, pendant la Première Guerre mondiale
George Patton en France, en 1918, pendant la Première Guerre mondiale

L’entre-deux-guerres : le prophète du blindé

Après 1918, Patton traverse une période de frustration. L’armée américaine réduit ses budgets et dissout le « Tank Corps » pour rattacher les chars à l’infanterie. Patton refuse de voir le tank comme un simple appui pour les soldats à pied. Pendant vingt ans, il étudie la mécanique, conçoit des améliorations pour les tourelles et écrit des manuels de tactique révolutionnaires sur la vitesse et la rupture du front. Sportif accompli et marin passionné, il peaufine son image : pistolets à crosse d’ivoire, uniformes sur mesure et langage fleuri. Il se prépare pour le second acte, persuadé que le futur de la guerre sera une « Blitzkrieg » à l’américaine.

De l’Afrique à la Sicile : le génie et le scandale

Dès l’entrée en guerre des États-Unis, Patton s’illustre lors de l’opération Torch en Afrique du Nord (novembre 1942). Après la déroute de Kasserine, il reprend en main le 2e corps d’armée, imposant une discipline de fer et une agressivité nouvelle.

George Patton, ici en Sicile
George Patton, ici en Sicile

En 1943, lors de l’invasion de la Sicile, il réalise une percée fulgurante vers Palerme puis Messine, battant les Britanniques de Montgomery à la course. Mais son tempérament explose : il gifle deux soldats hospitalisés pour « fatigue de combat », les traitant de lâches. Le scandale est immense. Marshall et Eisenhower le mettent sur la touche pour l’opération Overlord. Mais ils vont habilement l’utiliser comme « leurre » pour faire croire aux Allemands à un débarquement dans le Pas-de-Calais.

Le « Fantôme » du Pas-de-Calais : l’Opération Fortitude

Après le scandale des gifles en Sicile, Patton est officiellement démis de son commandement. Mais pour les Allemands, et surtout pour Hitler, c’est une ruse : ils sont convaincus que celui qu’ils considèrent comme étant le meilleur général allié ne peut pas rester sur la touche. Les services secrets alliés décident alors d’exploiter cette paranoïa à travers l’opération Fortitude South.

On place Patton à la tête du FUSAG (First U.S. Army Group), une armée qui n’existe que sur le papier et sur les ondes radio. Basé dans le sud-est de l’Angleterre, face au Pas-de-Calais, Patton se montre, visite des cantonnements et prononce des discours tonitruants. Pendant ce temps, des ingénieurs installent des centaines de chars gonflables, des avions en contreplaqué et de fausses bases de ravitaillement.

Le message envoyé aux Allemands est clair : le débarquement aura lieu là où se trouve Patton, dans le Pas-de-Calais, et la Normandie ne sera qu’une diversion. La supercherie fonctionne si bien que, même après le 6 juin 1944, Hitler maintient une partie importante de ses forces dans le Nord de la France, persuadé que l’assaut principal est encore à venir.

La Percée d’Avranches : le fauve est lâché

Le 1er août 1944, alors que le front de Normandie est enfin percé lors de l’opération Cobra, Patton est discrètement activé à la tête de la 3e Armée américaine. Son retour sur le terrain est foudroyant. Là où les autres généraux progressent avec prudence, Patton applique ses théories de l’entre-deux-guerres : la vitesse est une protection.

George Patton et Dwight Eisenhower
George Patton et Dwight Eisenhower

Il s’engouffre dans la brèche d’Avranches et, au lieu de s’arrêter, il lance ses divisions dans toutes les directions. Il envoie un corps d’armée nettoyer la Bretagne tandis que le reste de ses troupes bifurque vers l’Est pour entamer une course folle vers Paris et la frontière allemande. Ses colonnes blindées progressent si vite que l’état-major allié a du mal à suivre ses positions sur les cartes.

Cette « course folle » ne s’arrête pas devant l’ennemi, mais devant les réservoirs vides. À la fin de l’été 1944, la 3e Armée consomme des quantités astronomiques de carburant. Dès lors, une rivalité féroce s’installe avec le général britannique Montgomery pour les priorités de ravitaillement.

Patton est furieux : il est persuadé qu’il pourrait entrer en Allemagne avant l’hiver si on lui laissait toute l’essence. Lorsque l’approvisionnement est coupé au profit de l’opération Market Garden au nord, il ordonne à ses hommes d’avancer jusqu’à la dernière goutte, puis de continuer à pied s’il le faut. Cette progression ne sera stoppée qu’en Lorraine, devant les fortifications de Metz, marquant la fin de l’épopée estivale.

Mais son heure de gloire sonne en décembre 1944, lors de la bataille des Ardennes. Alors que Bastogne est encerclée, il réalise un exploit logistique unique : il fait pivoter son armée de 90 degrés en plein hiver et fonce vers le nord pour briser le siège en un temps record.

Une fin brutale pour un destin de légende

En mars 1945, Patton franchit le Rhin, mais l’armistice de mai sonne pour lui comme un glas : ce guerrier né ne sait pas vivre en paix. De plus, son anticommunisme viscéral et ses critiques virulentes contre la dénazification finissent par lasser Eisenhower. Il est alors démis de son commandement de la 3e Armée et affecté à la 15e Armée (occupation, missions administratives).

Le destin lui réserve une fin presque dérisoire : le 8 décembre 1945, sa Cadillac percute un camion près de Mannheim. Lui qui a bravé mille fois la mort sur le front finit paralysé sur un lit d’hôpital à Heidelberg. Il s’y éteint le 21 décembre.

Fidèle à son image de chef de troupe, il refuse les honneurs de Washington pour rester au Luxembourg. Il repose aujourd’hui au cimetière militaire américain de Hamm, au Luxembourg, une simple croix blanche parmi des milliers d’autres, face à ses soldats tombés pendant la bataille des Ardennes.

George Patton en quelques questions

Pourquoi Patton utilisait-il des revolvers à crosse d’ivoire ?

Patton était un maître de la mise en scène. Pour lui, un général devait être immédiatement reconnaissable et incarner la force. Il portait deux revolvers Colt .45 avec des crosses en ivoire. Ces armes, ainsi que son casque poli et ses bottes rutilantes, faisaient partie de sa panoplie de guerrier antique réincarné.

Quel a été l’impact réel de l’incident des gifles ?

Cet incident a failli mettre fin à sa carrière. En giflant deux soldats souffrant de stress post-traumatique en Sicile, Patton a indigné l’opinion publique américaine. S’il n’avait pas été considéré comme le meilleur tacticien blindé par Marshall et Eisenhower, il aurait été renvoyé aux États-Unis. Au lieu de cela, il a été « mis au placard » pendant près d’un an. Ironiquement, cela a permis de crédibiliser l’opération de diversion Fortitude.

Comment Patton a-t-il réussi à sauver Bastogne si rapidement ?

Lors de la bataille des Ardennes, Patton a accompli ce que beaucoup considéraient comme impossible : faire pivoter trois divisions (environ 250 000 véhicules et des milliers d’hommes) de 90 degrés en seulement trois jours, par un temps glacial. Cette prouesse logistique et tactique reste aujourd’hui un cas d’école dans les académies militaires mondiales.

Patton a-t-il vraiment été assassiné ?

Bien que sa mort ait alimenté de nombreuses théories du complot, aucune preuve historique ne soutient la thèse d’un assassinat. Les rapports médicaux de l’époque confirment une fracture de la colonne cervicale ayant entraîné une embolie pulmonaire fatale.

Sources :
https://www.britannica.com/biography/George-Smith-Patton
https://www.dday-overlord.com/en/battle-of-normandy/biographies/usa/george-s-patton
https://www.biography.com/military-figures/george-patton

Sommaire

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