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Jean Moulin
Jean Moulin

Jean Moulin

(1899-1943)

Jean Moulin n’est pas seulement le plus célèbre des résistants français. Il est celui qui a transformé une constellation de mouvements disparates en une armée secrète cohérente. Préfet de carrière, humaniste et dessinateur à ses heures perdues, il a mis sa rigueur administrative et son courage au service d’une mission titanesque : faire reconnaître l’autorité du général de Gaulle sur le sol national occupé. Son destin, marqué par une loyauté absolue, en a fait le visage éternel de la France qui refuse de plier.

Un enfant de la République et des arts

Né en 1899 à Béziers, Jean Moulin grandit dans un foyer imprégné de valeurs laïques et républicaines. Son père, professeur d’histoire et conseiller général radical-socialiste, lui transmet un patriotisme exigeant. Parallèlement à ses études de droit, le jeune Jean cultive une passion pour le dessin et la caricature. Il publie sous le pseudonyme de « Romanin » dans des journaux satiriques. Ce goût pour les arts et la bohème l’accompagnera toute sa vie. Il lui offrira d’ailleurs plus tard une couverture idéale pour ses activités clandestines sous les traits d’un marchand de tableaux.

L’ascension du « plus jeune préfet de France »

Sa carrière administrative est fulgurante. Après avoir servi brièvement à la fin de la Grande Guerre, il gravit rapidement les échelons de la préfectorale. À seulement 26 ans, il devient le plus jeune sous-préfet de France à Albertville. Son efficacité et son sens politique le propulsent dans les cabinets ministériels de la IIIe République, notamment aux côtés de Pierre Cot, ministre de l’Air du Front populaire. En 1937, il est nommé préfet de l’Aveyron, devenant à 38 ans le plus jeune à occuper ce poste. Durant cette période, il s’illustre par son engagement en faveur de l’aviation populaire et son aide discrète aux républicains espagnols, affirmant déjà ses convictions antifascistes.

Pièce d'identité de Jean Moulin

Le choc de 1940 et le premier « Non »

En juin 1940, Jean Moulin est préfet d’Eure-et-Loir. Alors que l’armée française s’effondre, il reste à son poste à Chartres pour protéger la population. Le 17 juin, les Allemands exigent qu’il signe un document accusant injustement des troupes coloniales françaises de massacres de civils. Moulin refuse de cautionner ce mensonge. Frappé, humilié, il tente de se trancher la gorge avec un éclat de verre durant la nuit pour ne pas céder sous la force. Ce premier acte de résistance physique scelle son engagement. Révoqué par le régime de Vichy en novembre 1940 pour son appartenance au Front populaire, il entre définitivement dans la clandestinité.

La rencontre avec de Gaulle

À l’automne 1941, Jean Moulin parvient à rejoindre Londres après un périple périlleux à travers l’Espagne. Sa rencontre avec le général de Gaulle est décisive. Impressionné par de Gaulle, en qui il reconnaît « un très grand bonhomme. Grand de toutes façons », Moulin apporte ce qui manque à la France Libre : une connaissance précise de la situation intérieure et des besoins des réseaux clandestins. De Gaulle trouve en lui l’homme capable de discipliner les chefs de réseaux, souvent jaloux de leur autonomie. Sous le pseudonyme de « Rex », Moulin est parachuté dans les Alpilles le 2 janvier 1942. Sa mission est claire : unifier les mouvements de zone sud, créer une Armée Secrète et instaurer un lien de subordination direct avec Londres.

La création du CNR

Durant des mois, Jean Moulin multiplie les rencontres clandestines, utilisant sa rigueur de préfet pour organiser le financement et les communications de la Résistance. Son chef-d’œuvre politique est la création du Conseil National de la Résistance (CNR). Le 27 mai 1943, il parvient à réunir à Paris, rue du Four, les représentants des principaux mouvements, des syndicats et des partis politiques d’avant-guerre. En obtenant leur ralliement derrière de Gaulle, il offre à la France Libre une légitimité démocratique incontestable face aux Alliés. Cette unité permet de préparer l’administration du pays pour le jour de la Libération.

Jean moulin et sa grande soeur Laure, elle aussi grande résistante, qui passera ensuite sa vie à faire vivre la mémoire de son frère
Jean moulin et sa grande sœur Laure, elle aussi grande résistante, qui passera ensuite sa vie à faire perdurer la mémoire de son frère.

Caluire : la chute et l’immortalité

Le destin de Jean Moulin bascule le 21 juin 1943 à Caluire, un épisode dont les responsabilités exactes continuent d’alimenter le débat historique. Une réunion cruciale est organisée pour désigner un nouveau chef à l’Armée Secrète. Suite à une dénonciation ou une imprudence, la Gestapo, dirigée par Klaus Barbie, investit les lieux. Moulin est arrêté. Identifié comme le chef de la Résistance, il subit à Lyon puis à Paris des interrogatoires d’une violence inouïe. Malgré les mutilations, il ne livre aucun nom. Jean Moulin meurt début juillet 1943, officiellement le 8 juillet, lors de son transfert vers l’Allemagne. En refusant de parler, il a permis à l’unification qu’il avait bâtie de lui survivre, assurant la place de la France à la table des vainqueurs en 1945.

Jean Moulin en quelques questions

Pourquoi Jean Moulin est-il considéré comme le plus grand résistant ?

Son rôle est unique car il n’était pas seulement un combattant, mais le bâtisseur politique de la Résistance. En créant le Conseil National de la Résistance, il a réussi à unir des groupes aux idéologies opposées. Sans lui, la Résistance serait restée morcelée, et la France n’aurait probablement pas eu de gouvernement légitime reconnu par les Alliés à la Libération.

Qui a dénoncé Jean Moulin à Caluire ?

C’est l’un des plus grands mystères et débats de l’histoire de la Résistance. Les soupçons se sont longtemps portés sur René Hardy, un chef de mouvement présent à la réunion de Caluire. Il a en effet été le seul à réussir une évasion – suspecte – lors de l’arrestation. Jugé et acquitté deux fois après la guerre, de nombreux historiens et anciens résistants restent toutefois convaincus de sa culpabilité. La trahison pourrait aussi être venue d’une imprudence ou d’une infiltration plus large de la Gestapo dans les réseaux lyonnais.

Qu’est-ce que le CNR créé par Jean Moulin ?

Le Conseil National de la Résistance (CNR) est l’organisme qui a coordonné les différents mouvements de la Résistance intérieure française. Outre l’unification militaire, le CNR a rédigé un programme social et économique révolutionnaire, adopté en 1944. Ce texte est à l’origine des grandes avancées sociales de l’après-guerre en France, comme la création de la Sécurité sociale.

Jean Moulin était-il un artiste ?

Oui, et c’était bien plus qu’un passe-temps. Sous le pseudonyme de « Romanin », il était un dessinateur et caricaturiste talentueux. Cette passion lui a d’ailleurs servi de couverture durant la clandestinité. Il a en effet ouvert une galerie d’art à Nice (la galerie Romanin) pour justifier ses déplacements et ses rencontres avec d’autres résistants sans attirer l’attention des autorités.

Sources :
https://www.britannica.com/biography/Jean-Moulin
https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/portrait/jean-moulin/
https://www.chrd.lyon.fr/musee/biographie/jean-moulin

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