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Winston Churchill

(1897-1973)

Winston Churchill
Winston Churchill

Une jeunesse aventureuse

Winston Leonard Spencer Churchill naît le 30 novembre 1874 dans une des plus illustres familles de l’aristocratie britannique. Petit-fils du 7e duc de Marlborough, son destin semble tout tracé. Pourtant, enfant, il n’est pas particulièrement studieux. Élève moyen, souvent distrait, il souffre d’un manque d’affection paternelle. En effet, son père, Lord Randolph Churchill, homme politique, meurt alors que Winston n’a que 20 ans, sans vraiment avoir reconnu ses talents.

Après avoir intégré l’académie militaire de Sandhurst, Churchill entre dans l’armée et cherche rapidement l’action. Ainsi, il part combattre en Inde, au Soudan, puis en Afrique du Sud pendant la guerre des Boers. Correspondant de guerre et soldat, il développe déjà son style flamboyant, son goût de la mise en scène et du panache. Son évasion spectaculaire d’un camp de prisonniers boer en 1899 lui vaut une notoriété immédiate en Grande-Bretagne.

C’est aussi un homme de plume : à peine trentenaire, il a déjà publié plusieurs ouvrages historiques ou autobiographiques. Il écrit autant pour convaincre que pour exister politiquement. L’homme public, cultivé, vif, au style oratoire unique, commence à émerger.

Sa carrière politique avant la guerre

Élu député en 1900, Churchill change plusieurs fois de parti : d’abord conservateur, il rejoint les libéraux en 1904, puis revient chez les conservateurs dans les années 1920. Il devient rapidement ministre du Commerce, puis Premier Lord de l’Amirauté en 1911. A cette occasion, il dévoile une capacité de travail absolument phénoménale. Il modernise la flotte britannique et anticipe les conflits à venir. Toutefois, sa carrière subit un coup d’arrêt lors de la campagne des Dardanelles (Gallipoli) en 1915. L’opération, mal préparée, coûte des dizaines de milliers de vies et se solde par un échec retentissant.

Accusé, discrédité, Churchill sert de fusible et démissionne. Il s’engage alors dans l’armée sur le front occidental, rejoignant la France pour aller se battre dans les tranchées. Après la guerre, il revient progressivement au gouvernement dans les années 1920, occupant divers ministères, notamment celui des Finances. Il reconnaîtra lui-même, avec l’humour et la franchise qui le caractérisent, avoir été l’un des pires ministre des Finances de l’histoire du Royaume-Uni. Durant cette période, il se montre hostile à l’indépendance de l’Inde. Il est également impopulaire dans le monde ouvrier, et souvent en porte-à-faux avec les grandes évolutions du temps.

Winston Churchill, dans les années 20
© MARY EVANS / SIPA

Dans les années 1930, alors que Hitler monte en puissance, Churchill est en marge de la vie politique. Il dénonce sans relâche la faiblesse des gouvernements successifs face au réarmement allemand, mais ses avertissements sont ignorés. On le traite de va-t-en-guerre, de passéiste, de nostalgique de l’Empire. Il est alors une voix isolée, mais lucide, dans un monde encore bercé par les illusions pacifistes.

Le 10 mai 1940 : Churchill au pouvoir, enfin

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, Churchill retrouve l’Amirauté. Dans les minutes qui suivent sa nomination, tous les navires de la Royal Navy reçoivent le même télégramme : « Winston is back » (Winston est de retour). Le 10 mai 1940, au moment où la Wehrmacht envahit la Belgique et la France, Neville Chamberlain démissionne. Churchill est nommé Premier ministre et va alors endosser le rôle de sa vie. Il hérite d’un pays en pleine débâcle, d’une armée en fuite, d’un peuple inquiet. Mais il va, en quelques semaines, transformer la peur en énergie.

Son génie est d’abord verbal : il parle au peuple comme à des égaux, mêle gravité, lucidité et inébranlable détermination. Ses discours à la Chambre des communes — « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur », « nous ne nous rendrons jamais » — entrent dans l’histoire. Il devient la voix de la résistance britannique, celui qui refuse la reddition à Hitler quand tout semble perdu.

Le stratège politique et diplomatique de la guerre

Contrairement à l’image romantique du seul contre tous, Churchill agit aussi en fin tacticien politique. Il comprend que la survie de la Grande-Bretagne dépendra de l’entrée en guerre des États-Unis. Ainsi, il met tout en œuvre pour entretenir les liens personnels avec Roosevelt, jusqu’à le convaincre d’un soutien massif avant même Pearl Harbor.

Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, lors d'une rencontre au Canada, en 1944.
Rencontre entre Franklin D Roosevelt et Winston Churchill, au Canada, en 1944.

Il joue également un rôle de premier plan dans la coordination des Alliés après 1941. En effet, c’est lui qui impulse les grandes conférences internationales (Téhéran, Yalta, Casablanca). Il y discute d’égal à égal avec Roosevelt et Staline. Et ce en dépit des tensions, des désaccords et des manœuvres complexes.

Sur le plan militaire, il soutient des campagnes symboliques et parfois contestées (Grèce, Balkans), insiste pour attaquer en Afrique d’abord, puis en Italie, avant de débarquer en France. S’il est moins interventionniste dans les stratégies que Hitler, il reste un chef de guerre très impliqué, notamment dans les relations avec les chefs militaires comme Montgomery ou Eisenhower.

Un Empire en crise et une gloire ternie

Churchill est aussi un homme de l’Empire, viscéralement attaché à la grandeur britannique. Il refuse toute concession à l’idée d’indépendance de l’Inde, méprise Gandhi, et adopte une attitude autoritaire dans les colonies. Son rôle dans la famine du Bengale de 1943, que certains historiens considèrent comme aggravée, voire provoquée par les choix logistiques de son gouvernement, reste encore aujourd’hui une tache sombre dans son héritage.

Après la victoire de 1945, il est paradoxalement battu aux élections législatives, balayé par une volonté de changement social. Les Britanniques veulent reconstruire, créer un État-providence — pas continuer à vivre dans l’ombre d’un homme de guerre. Mais Churchill ne quitte pas la scène pour autant. Il revient au pouvoir en 1951, jusqu’en 1955, puis se retire définitivement.

Ses dernières années et son héritage

Dans ses vieux jours, Churchill est honoré comme le sauveur de la nation, élevé au rang de mythe vivant. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1953 pour ses mémoires de guerre, largement autobiographiques et parfois orientées, mais d’une immense valeur historique. Il meurt le 24 janvier 1965, à 90 ans, et reçoit des funérailles nationales. Des millions de Britanniques lui rendent hommage dans un silence chargé de respect.