Les blindés
Tigre II (Panzerkampfwagen VI Ausf. B)
Carte d’identité
- Période de service : 1944–1945
- Type : Blindé lourd
- Concepteur : Henschel (caisse) / Krupp (tourelle Serienturm)
- Fabricant : Henschel, Kassel
Fiche technique
Version avec tourelle de série Henschel, dite Serienturm
- Masse : 69,8 t
- Longueur : 10,28 m (avec canon)
- Hauteur : 3,09 m
- Largeur : 3,75 m
- Equipage : 5 hommes (chef de char, tireur, chargeur, pilote, radio-mitrailleur)
- Blindage : Caisse : 150 mm à 50° / Tourelle : 180 mm à 10° / Latéral : 80 mm à 25° / Arrière : 80 mm
- Armement : Canon 88 mm KwK 43 L/71 (84 obus) / 2 mitrailleuses MG 34 de 7,92 mm + 1 MG 42 anti-aérienne
- Motorisation : Maybach HL 230 P30, V12 essence, 700 ch
- Vitesse max (route) : 41 km/h
- Autonomie : 110 km
- Production : 492
1. Un char commandé avant même que son prédécesseur soit en service
Le Tigre II n’est pas une réaction aux déficiences du Tigre I découvertes au combat : c’est une décision prise avant même que le Tigre I ait tiré son premier obus. En mai 1941, alors que la Wehrmacht se prépare pour Barbarossa et que le Tigre I est encore en développement, l’OKH commande un programme pour son successeur. La logique est celle de l’escalade permanente : si le Tigre I répond aux blindés actuels, il faut déjà anticiper la génération suivante de chars adverses.
La commande impose des exigences ambitieuses : un blindage frontal de 150 mm incliné, une puissance de feu encore supérieure au 88 mm L/56 du Tigre I, et une adoption des leçons du Panther concernant le blindage incliné. Henschel et Porsche sont mis en concurrence, comme pour le Tigre I. Porsche développe le VK 45.02 (P) avec une tourelle avant montée très en avant de la caisse. Henschel propose le VK 45.03 (H), conception plus conventionnelle avec tourelle centrale. C’est à nouveau Henschel qui l’emporte, pour les mêmes raisons de fiabilité mécanique.
2. La question des tourelles
Le Tigre II présente une particularité historique : les 50 premiers exemplaires de série sont livrés avec la tourelle conçue pour le projet Porsche VK 45.02 (P), dite « tourelle Porsche ». Cette tourelle se reconnaît à son front arrondi et à ses côtés plus incurvés. À partir du 51e exemplaire, tous les Tigre II reçoivent la tourelle définitive Henschel, dite Serienturm, au front plat de 180 mm à 10 degrés d’inclinaison — légèrement moins incliné mais plus épais que la tourelle Porsche. C’est cette version qui constitue la référence de la fiche.
La confusion entre les deux tourelles est fréquente dans la littérature populaire, qui les désigne parfois incorrectement comme « tourelle Porsche » et « tourelle Henschel ». En réalité, les deux tourelles ont été conçues par Krupp : seuls les châssis étaient d’origine Porsche ou Henschel.
3. Un blindage et un canon sans équivalent
Sur ces deux points, le Tigre II est sans conteste le char le plus puissant de la Seconde Guerre mondiale. Son blindage frontal de caisse à 150 mm incliné à 50 degrés offre une protection effective supérieure à celle du Tigre I, déjà difficile à percer. Seuls quelques blindés de l’époque peuvent percer ce blindage et seulement à très courte portée : le Sherman Firefly avec son canon 17 livres, le M26 Pershing avec son 90 mm, le T-34/85 avec son ZiS-S-53, et le SU-100 soviétique avec son 100 mm.
Son canon KwK 43 L/71 de 88 mm est une évolution majeure par rapport au KwK 36 L/56 du Tigre I. Le tube est long de 6,25 mètres contre 4,93 mètres pour le Tigre I, et la douille de l’obus est plus grande et contient davantage de poudre propulsive. Le canon perfore le blindage frontal d’un T-34/85, d’un Sherman M4A1 ou d’un Cromwell à 3,5 kilomètres, au-delà même de la portée efficace des canons de ces chars. À 2 000 mètres, il perce entre 132 et 153 mm de blindage incliné à 30 degrés.
4. Le même moteur pour 25 tonnes de plus
Le Tigre II amplifie tous les défauts du Tigre I : il est encore plus lourd, plus complexe, moins puissant relativement, et moins fiable mécaniquement. La raison tient à une décision de conception qui se révèle catastrophique : le Tigre II est équipé du même moteur Maybach HL 230 P30 de 700 ch que le Panther, qui ne pèse que 45 tonnes. Ce moteur, déjà poussé à la limite sur le Panther, se retrouve à propulser un engin de 69,8 tonnes, soit 25 tonnes supplémentaires pour la même puissance.
La puissance massique qui en résulte est de 10 ch/t, l’une des plus faibles parmi les chars lourds de la guerre. La transmission est excessivement sollicitée par le poids et la boîte de vitesses, d’une complexité excessive, subit une contrainte permanente. L’autonomie de 110 kilomètres sur route est dramatiquement insuffisante pour un char censé opérer sur de vastes fronts, d’autant que sa consommation atteint 500 litres aux 100 kilomètres. En tout terrain, la vitesse chute à 17 km/h.
5. Normandie : Goodwood et la poche de Falaise
Durant la bataille de Normandie, douze Tigre II appartenant au 1er bataillon du schwere Panzer-Abteilung 503 de la Heer se retrouvent engagés dans les combats de la plaine de Caen en juillet 1944. Ils parcourent 190 kilomètres par route depuis leur gare de déchargement à Dreux pour atteindre le secteur d’Émiéville, à l’est de Caen.
Lors de l’opération Goodwood du 18 juillet 1944, ces Tigre II survivent au bombardement aérien le plus massif connu à l’ouest de l’Europe (8 000 tonnes de bombes sur 15 km²) avant d’affronter plus de 1 000 blindés alliés. Leurs performances dans le duel direct sont redoutables : aucun Sherman ni Cromwell ne peut les engager frontalement à distance utile. Mais ils ne peuvent pas être récupérés lorsqu’ils tombent en panne, et l’aviation alliée neutralise tout mouvement de jour. Lors de la retraite de la poche de Falaise, tous sont perdus, principalement en raison de pannes et très vraisemblablement de pénuries de carburant.
6. Les Ardennes : la dernière offensive
L’opération Wacht am Rhein de décembre 1944 engage des Tigre II du schwere SS-Panzer-Abteilung 501 dans le secteur de Kampfgruppe Peiper. Ces chars représentent la principale force antichar de l’offensive. Leurs performances dans le duel sont une nouvelle fois impressionnantes : aucun char américain ne peut les engager avec efficacité frontalement. Mais les routes enneigées des Ardennes, les ponts insuffisamment solides pour supporter 70 tonnes, et les pénuries de carburant chroniques paralysent les mouvements. Plusieurs Tigre II sont abandonnés non pas détruits mais simplement à court d’essence, sur des routes où ils bloquent la progression du reste de la colonne. La logistique a fait ce que les obus alliés ne pouvaient pas.
7. Le problème du pont
Le Tigre II ne passe sur quasiment aucun pont, son transport par rail exige des précautions extraordinaires car il dépasse le gabarit standard, et le nombre de pannes causées par son poids est énorme. Sur le front de l’Est en 1944-1945, où l’infrastructure est souvent délabrée et les ponts temporaires dimensionnés pour des charges bien inférieures, cette contrainte est paralysante. Un char qui ne peut pas traverser un cours d’eau doit le contourner, parfois sur des dizaines de kilomètres, pendant que les Soviétiques consolident leurs positions de l’autre côté.
Plus de Tigre II ont été détruits par leurs propres équipages que par les Alliés. C’est le constat le plus sévère que l’on puisse porter sur un char de combat : contraint de s’autodétruire pour ne pas tomber intact aux mains de l’ennemi, parce qu’il ne pouvait ni être réparé sur place ni être remorqué par les moyens disponibles.
8. Évaluation
Le Tigre II est la conclusion logique et absurde d’une philosophie de conception fondée sur la primauté absolue de la puissance de feu et du blindage sur toute autre considération. Dans le duel direct à distance moyenne, il n’a pas d’adversaire capable de lui tenir tête frontalement. Aucun char allié ou soviétique ne peut prétendre le détruire à longue portée par tir frontal.
Mais la guerre blindée de 1944-1945 ne se joue pas en duels. Elle se joue dans la vitesse de déplacement, la disponibilité opérationnelle, la logistique et le nombre. Sur tous ces critères, le Tigre II est un échec. Trop lourd, trop gourmand, trop complexe, trop rare avec seulement 492 exemplaires sur toute la durée de sa production. Sa présence sur le champ de bataille est effrayante pour les équipages qui l’affrontent. Mais son impact sur le cours de la guerre est marginal.
Il reste aujourd’hui l’emblème le plus spectaculaire des contradictions du programme blindé allemand : une industrie de guerre capable de concevoir des engins techniquement prodigieux, mais incapable de les produire en nombre suffisant ni de les soutenir logistiquement.
9. Évolution & variantes
| Version | Armement principal | Production | Caractéristique principale |
|---|---|---|---|
| VK 45.03 (P) | Canon de 8,8 cm KwK 43 L/71 prévu | Prototype | Projet Porsche concurrent du modèle Henschel ; il ne donne pas naissance à une production complète |
| Tiger II à tourelle initiale | Canon de 8,8 cm KwK 43 L/71 | 50 tourelles montées sur châssis de série | Tourelle souvent appelée à tort « Porsche » ; elle est conçue par Krupp et présente un front arrondi fortement vulnérable aux ricochets vers le toit |
| Tiger II à tourelle de production | Canon de 8,8 cm KwK 43 L/71 | 439 à 442 | Version principale ; tourelle Krupp redessinée avec un front incliné et une meilleure protection balistique |
| Panzerbefehlswagen Tiger Ausf. B | Canon de 8,8 cm KwK 43 L/71 | Conversions | Version de commandement avec radios supplémentaires et réduction de la dotation en munitions |
| Bergepanzer Tiger II | Aucun armement principal | Quelques conversions | Véhicule de dépannage dérivé du châssis du Tiger II, produit en très petit nombre |
| Jagdtiger | Canon de 12,8 cm Pak 44 L/55 | 70 à 88 | Chasseur de chars lourd construit sur une version allongée et renforcée du châssis du Tiger II |
Carte d’identité
- Période de service : 1944–1945
- Type : Blindé lourd
- Concepteur : Henschel (caisse) / Krupp (tourelle Serienturm)
- Fabricant : Henschel, Kassel
- Production : 492
Fiche technique
Version avec tourelle de série Henschel, dite Serienturm
- Masse : 69,8 t
- Longueur : 10,28 m (avec canon)
- Hauteur : 3,09 m
- Largeur : 3,75 m
- Equipage : 5 hommes (chef de char, tireur, chargeur, pilote, radio-mitrailleur)
- Blindage : Caisse : 150 mm à 50° / Tourelle : 180 mm à 10° / Latéral : 80 mm à 25° / Arrière : 80 mm
- Armement : Canon 88 mm KwK 43 L/71 (84 obus) / 2 mitrailleuses MG 34 de 7,92 mm + 1 MG 42 anti-aérienne
- Motorisation : Maybach HL 230 P30, V12 essence, 700 ch
- Vitesse max (route) : 41 km/h
- Autonomie : 110 km