Skip to main content

Les blindés

Panzerkampfwagen VIII Maus

Panzerkampfwagen VIII Maus

Carte d’identité

  • Période de service : Prototype
  • Type : Blindé lourd
  • Concepteur : Ferdinand Porsche (caisse) / Krupp (tourelle)
  • Fabricant : Alkett (assemblage), Krupp (tourelle et armement)

Fiche technique

prototype V2

  • Masse : 188 t
  • Longueur : 10,09 m (hors canon)
  • Hauteur : 3,63 m
  • Largeur : 3,67 m
  • Equipage : 6 hommes (chef de char, tireur, 2 chargeurs, pilote, radio)
  • Blindage : Frontal : 200 mm / Latéral : 180 mm / Arrière : 150 mm / Tourelle : 220 mm
  • Armement : Canon 128 mm KwK 44 L/55 (68 obus) / Canon coaxial 75 mm KwK 44 L/36,5 (100 obus) + mitrailleuse MG 34 de 7,92 mm
  • Motorisation : Daimler-Benz MB 509, essence, 1 080 ch puis Daimler-Benz MB 517, diesel, 1 200 ch
  • Vitesse max (route) : 20 km/h
  • Autonomie : 160 km
  • Production : 2

1. « Mäuschen » : la petite souris qui devint un monstre

En novembre 1941, le Waffenamt rédige des spécifications pour un char lourd de 70 tonnes, poids déjà considérable. La commande est confiée à Krupp en février 1942. Mais Hitler, convaincu par des rapports de renseignement sur des projets de chars géants soviétiques qui ne verront jamais le jour, et de toute façon obsédé par le gigantisme, intervient personnellement pour exiger un engin dépassant 100 tonnes. L’escalade est lancée.

À la fin du mois de mars 1942, Porsche reçoit un contrat pour le développement d’un char de 100 tonnes, baptisé « Mäuschen », la petite souris. Pour un engin de 100 tonnes, la « petite souris » est déjà un euphémisme. Quand le projet atteint sa forme définitive, il pèsera 188 tonnes, soit l’équivalent de six Sherman M4A3 empilés les uns sur les autres.

En mai 1943, une maquette en bois grandeur nature de la configuration finale est présentée à Hitler, qui l’approuve et commande une première série de 150 exemplaires. Le projet prend son nom définitif de « Maus », la Souris.

2. Une architecture radicalement différente

Pour propulser 188 tonnes, les ingénieurs ne peuvent pas simplement adapter un moteur de char existant. La solution retenue est une transmission électrique : un moteur thermique central fait tourner un générateur, qui alimente deux moteurs électriques entraînant les chenilles. Ce principe, déjà utilisé sur le Ferdinand (Elefant), évite les problèmes de transmission mécanique qui ont handicapé le Tigre I et le Tigre II, mais il impose l’emport d’une quantité considérable de cuivre pour les câblages et les moteurs électriques. Or le cuivre est devenu un matériau stratégique extrêmement rare en Allemagne à partir de 1943, sa pénurie constituant l’un des obstacles concrets au développement du programme.

Le V1 reçoit le moteur à essence Daimler-Benz MB 509 de 1 080 ch, dérivé du moteur d’avion DB 603. Le V2 est équipé du MB 517 diesel de 1 200 ch. Même avec cette puissance, la puissance massique de l’engin ne dépasse pas 6,4 ch/t, à comparer aux 11,3 ch/t du Type 97 Chi-Ha et aux 15,9 ch/t du Sherman. Le Maus est incapable de se déplacer rapidement.

3. L’armement : la raison d’être théorique

Si le Maus a une logique militaire – aussi discutable soit-elle – c’est celle de son armement. Son canon principal de 128 mm KwK 44 L/55 est l’arme antichar la plus puissante montée sur un char pendant la Seconde Guerre mondiale. Il peut percer 200 mm de blindage à plus de 2 000 mètres. En pratique, cela signifie qu’il peut détruire n’importe quel char allié ou soviétique à des distances auxquelles celui-ci ne peut pas répliquer. Contre un IS-2 soviétique, dont le blindage frontal maximum est de 120 mm, le Maus engagerait un duel parfaitement asymétrique.

Le canon coaxial de 75 mm, monté dans la même tourelle, assure l’appui contre les cibles légères et l’infanterie, complément logique au 128 mm réservé aux duels contre les blindés lourds.

La tourelle elle-même pose cependant un problème découvert lors des essais : sa rotation n’est pas possible sur une pente de 10 %. Le moteur électrique de tourelle ne peut pas délivrer suffisamment d’énergie, et en commande manuelle il faut exercer une force de plus de 30 kg sur la manivelle pour faire bouger la tourelle. Un char dont la tourelle ne peut pas pivoter sur une pente est un char dont les capacités de combat sont sévèrement limitées dans pratiquement tout terrain autre qu’une plaine parfaitement plate

4. Les essais : un prototype qui s’enlise

Les pièces du V1 commencent à être livrées par les usines Alkett en août 1943. En septembre, l’assemblage commence sans tourelle, remplacée par un lest de 55 tonnes pour simuler la masse. Le moteur MB 509 est installé et le V1 est transféré au terrain d’essais de Kummersdorf.

Les premiers mouvements de conduite ont lieu le 24 décembre 1943 à l’usine Alkett à Berlin, réalisés par le pilote d’essai Porsche Karl Gensberg. Les résultats sont préoccupants : les chenilles s’enfoncent dans les sols meubles sous le poids de l’engin, la consommation de carburant est pharamineuse, et les réparations sont longues et complexes. Les essais se déroulent ensuite à Böblingen, loin de Berlin pour des raisons de sécurité et de discrétion.

Le V2 arrive à Böblingen en mars 1944 sans moteur ni tourelle. La tourelle, finie par Krupp en mai 1944, est montée en juin. Le canon est installé en octobre, ainsi que le moteur MB 517 diesel. C’est le seul exemplaire complet du Maus qui ait jamais existé. Il sera le seul aussi à avoir tiré des coups de feu sur un champ de tir, lors d’essais balistiques à Meppen.

5. Le problème du pont, et la solution du snorkel

188 tonnes. C’est le poids que doit supporter n’importe quel pont pour laisser passer le Maus. En pratique, aucun pont militaire ou civil standard ne peut supporter cette charge. La solution envisagée par les ingénieurs est à la fois ingénieuse et révélatrice de l’absurdité du projet : équiper le Maus d’un système de snorkel pour lui permettre de traverser les cours d’eau en immersion complète, comme un sous-marin. Deux Maus devaient opérer en tandem pour les traversées aquatiques : l’un fournissant l’électricité à l’autre via un câble pendant la traversée en fond de rivière.

Cette solution, techniquement réalisable sur des rivières peu profondes, illustre parfaitement la contradiction fondamentale du programme : un char que ses propres ingénieurs savent incapable d’évoluer normalement sur un théâtre d’opérations réel, et pour lequel ils doivent concevoir des procédures d’exception pour les obstacles les plus élémentaires du terrain européen.

6. L’annulation et la fin

Hitler annule brusquement l’ordre de production en octobre 1943, avant même que le V1 soit achevé. L’Allemagne est en 1943 dans une économie de guerre totale sous la direction d’Albert Speer : chaque tonne d’acier, chaque heure d’usine, chaque kilo de cuivre doit être justifié par un rendement opérationnel immédiat. Le Maus ne peut pas l’être.

Tout travail sur le projet est officiellement arrêté le 19 novembre 1944. Les deux prototypes sont envoyés à Kummersdorf pour y être stockés. À l’approche de l’Armée rouge en avril 1945, les Allemands les détruisent à l’explosif avant de se replier.

Les Soviétiques récupèrent les restes, assemblent la tourelle du V2 sur le châssis du V1, et transportent l’engin ainsi reconstitué en URSS. Il est testé à Koubinka en 1946, puis exposé au musée des blindés de Koubinka. C’est le seul Maus existant au monde.

7. Guderian contre le Maus

La critique la plus sévère et la plus lucide du programme vient de l’intérieur même de la Wehrmacht. L’absence de mitrailleuse pour la défense rapprochée conduit Guderian à refuser le char, arguant qu’il n’est pas un chasseur de chars et qu’il doit se battre en soutien rapproché avec l’infanterie, ce qui lui impose d’être protégé contre l’infanterie adverse.

Dans ses mémoires « Panzer Leader », Guderian décrit sa présence lors de la présentation de la maquette du Maus à Hitler en mai 1943 avec une ironie à peine voilée : il note le poids prévu, l’armement, et l’enthousiasme d’Hitler, sans aucun commentaire sur l’utilité militaire réelle de l’engin. C’est l’un des rares moments où le silence de Guderian en dit plus que ses mots.

8. Évaluation

Le Maus est l’exemple le plus pur de ce que les historiens appellent la « Wunderwaffen-Logik » : la logique des armes miraculeuses. Face à une situation stratégique qui se dégrade irrémédiablement, Hitler et une partie de l’état-major placent leur confiance dans des engins techniquement prodigieux capables, dans leur imaginaire, de renverser le cours de la guerre par leur seule présence sur le champ de bataille.

Le Maus n’aurait pas pu renverser le cours de la guerre. Deux prototypes qui s’enfoncent dans le sol, dont les tourelles ne pivotent pas sur les pentes, qui ne peuvent franchir aucun pont, et qui immobilisent des ressources industrielles colossales pour un résultat militaire nul, c’est le portrait d’un programme qui n’aurait jamais dû dépasser le stade de l’étude théorique.

Son intérêt historique est réel, mais d’une autre nature : il illustre mieux que tout autre engin les pathologies décisionnelles du IIIe Reich, où la démesure technologique tenait lieu de stratégie.

9. Évolution & variantes

VersionArmement principalProductionCaractéristique principale
Maus V1Aucun armement opérationnel1 prototype incompletPremier prototype roulant sans tourelle définitive ; utilisé pour les essais du châssis et de la propulsion
Maus V2Canon de 12,8 cm KwK 44 L/55 et canon coaxial de 7,5 cm KwK 44 L/36,51 prototypeSecond prototype équipé de la seule tourelle complète produite et d’un groupe motopropulseur opérationnel
Panzer VIII Maus de sérieCanon de 12,8 cm KwK 44 L/55 et canon coaxial de 7,5 cmAucunProduction abandonnée en juillet 1944 ; aucun char de série achevé
Sommaire

Carte d’identité

  • Période de service : Prototype
  • Type : Blindé lourd
  • Concepteur : Ferdinand Porsche (caisse) / Krupp (tourelle)
  • Fabricant : Alkett (assemblage), Krupp (tourelle et armement)
  • Production : 2

Fiche technique

prototype V2

  • Masse : 188 t
  • Longueur : 10,09 m (hors canon)
  • Hauteur : 3,63 m
  • Largeur : 3,67 m
  • Equipage : 6 hommes (chef de char, tireur, 2 chargeurs, pilote, radio)
  • Blindage : Frontal : 200 mm / Latéral : 180 mm / Arrière : 150 mm / Tourelle : 220 mm
  • Armement : Canon 128 mm KwK 44 L/55 (68 obus) / Canon coaxial 75 mm KwK 44 L/36,5 (100 obus) + mitrailleuse MG 34 de 7,92 mm
  • Motorisation : Daimler-Benz MB 509, essence, 1 080 ch puis Daimler-Benz MB 517, diesel, 1 200 ch
  • Vitesse max (route) : 20 km/h
  • Autonomie : 160 km